🏠 Comprendre le DPE
À ne pas manquer, tout en bas de cette page : l'aberration du DPE, trois systèmes de chauffage pour une même maison. Même bâtisse, même isolation, et pourtant trois lettres différentes. Aller voir la section →Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) classe ton logement de A (très sobre) à G (passoire thermique). Mais attention : la note ne se lit pas en électricité « réelle », elle se lit en énergie primaire, et c'est là que se cache un coefficient qui change tout, surtout pour les logements chauffés à l'électricité.
🧮 Simule ton DPE
Renseigne ta consommation, ta surface et ton énergie de chauffage : le simulateur en déduit ton étiquette énergie et ton étiquette climat. C'est une estimation simplifiée, pas un diagnostic officiel.
On suppose que l'eau chaude sanitaire utilise la même énergie que le chauffage. Coefficient énergie primaire de l'électricité : 1,9 (DPE 2026).
Classe DPE (la moins bonne des deux)
Étiquette E
Étiquette énergie
171 kWh/m²·an (finale)
326 kWhEP/m²·an (primaire)
Étiquette climat
13,5 kgCO₂/m²·an (émissions)
Clique sur une lettre pour voir sa tranche d'énergie primaire.
Unité : kWh d'énergie primaire par m² et par an (kWhEP/m²·an).
Moyen
181 à 250 kWhEP/m²·an
La classe la plus répandue en France. Isolation moyenne : il reste des gains à aller chercher (fenêtres, combles…).
Voir les sources et les hypothèses de calcul
- Seuils des classes (énergie primaire, kWhEP/m²·an) : arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE. Le DPE retient toujours la moins bonne des deux étiquettes : énergie primaire et émissions de gaz à effet de serre.
- Coefficient de conversion de l'électricité : 2,58 sous la RT2012 (soit 1 / 0,3875, rendement moyen historique du système électrique), abaissé à 2,3 en 2021 avec la RE2020, puis à 1,9 pour le calcul du DPE depuis le 1er janvier 2026, FAQ du ministère (rt-re-batiment). La RE2020 (constructions neuves) conserve, elle, la valeur de 2,3.
- Calendrier d'interdiction de location : loi Climat et Résilience (2021), G depuis 2025, F en 2028, E en 2034.
- Pour aller plus loin : l'ADEME sur le DPE.
🔌 Énergie finale vs énergie primaire : le coefficient de l'électricité
Énergie finale : c'est ce que compte ton compteur, l'énergie qui arrive vraiment chez toi (en kWh). Énergie primaire : c'est toute l'énergie qu'il a fallu puiser dans la nature pour te livrer cette énergie finale, en incluant les pertes de production et de transport.
Pour le gaz, le fioul ou le bois, le coefficient vaut 1 : énergie finale ≈ énergie primaire. Pour l'électricité, c'est différent : produire 1 kWh dans une centrale (nucléaire, thermique…) et l'acheminer jusqu'à ta prise demande, historiquement, environ 2,58 kWh d'énergie primaire, à cause du rendement des centrales (~39 %) et des pertes réseau. Comme le DPE raisonne en énergie primaire, l'électricité est donc « pénalisée » par ce coefficient.
2,58
Avant 2021
Valeur historique (RT2012). Soit 1 / 0,3875, le rendement moyen du système électrique de l'époque.
2,3
Depuis 2021
Abaissé avec la RE2020, pour tenir compte de la décarbonation du mix électrique français.
1,9
1er janvier 2026
Nouvelle valeur… mais uniquement dans le calcul du DPE. La RE2020 (neuf) conserve, elle, 2,3.
Concrètement : un logement chauffé à l'électricité qui consomme 100 kWh finaux comptait pour 258 kWhEP avec 2,58, et seulement 190 kWhEP avec 1,9, sans qu'un seul radiateur ait changé. Résultat : en 2026, beaucoup de logements électriques gagnent une lettre au DPE, et certaines passoires thermiques (F ou G) en sortent « sur le papier ».
🏭 De la centrale nucléaire à ton radiateur
Le plus simple pour comprendre l'énergie primaire, c'est de la suivre depuis le début. Dans une centrale nucléaire, tout part de la chaleur de fission : l'uranium chauffe de l'eau, l'eau fait de la vapeur, la vapeur fait tourner une turbine. Mais une machine thermique ne transforme jamais toute la chaleur en électricité : environ 35 % seulement ressortent par l'alternateur, le reste part dans le condenseur, et c'est très exactement ce qu'on voit sortir des tours de refroidissement. Ajoute encore 7 % de pertes dans les lignes, et il reste environ 33 kWh à ta prise pour 100 kWh de chaleur de fission.
C'est là que la pompe à chaleur change tout. Un radiateur électrique est un convertisseur honnête mais bête : il rend 1 kWh de chaleur par kWh d'électricité, pas un de plus. Une pompe à chaleur, elle, ne fabrique pas la chaleur, elle la déplace : avec 1 kWh d'électricité elle va chercher 2 kWh de chaleur gratuite dans l'air extérieur, et en livre 3 dans le logement. Résultat : les 100 kWh de chaleur de fission du début redonnent environ 99 kWh de chaleur chez toi. Toute la chaîne, de l'uranium au salon, revient presque à l'équilibre, là où le radiateur électrique en laissait filer les deux tiers.
Une précision honnête : le DPE, lui, n'utilise pas ce chiffre physique. Il applique un coefficient conventionnel (2,58, puis 2,3, puis 1,9), fixé par arrêté, qui ne décrit ni ta centrale ni ton logement. Le mix français n'est d'ailleurs pas que nucléaire : l'hydraulique, l'éolien et le solaire n'ont aucun combustible à convertir, donc leur « énergie primaire » est une pure convention de calcul.
📊 100 kWh de chaleur, trois façons de les produire
Voici le même besoin de chauffage, 100 kWh de chaleur à livrer dans le logement, suivi en diagramme de flux depuis l'énergie primaire jusqu'au radiateur. Les trois panneaux sont à la même échelle : l'épaisseur des rubans se compare directement d'un cas à l'autre. Change le coefficient et la performance de la pompe à chaleur pour voir bouger les flux.
Coefficient d'énergie primaire de l'électricité
Performance de la pompe à chaleur (SCOP)3,0
En pratique : environ 3 pour une PAC air/air, environ 4 pour une PAC air/eau bien dimensionnée.
Radiateur électrique
Pompe à chaleur (SCOP 3,0)
Chaudière au gaz naturel (fossile) ou au fioul
Les trois diagrammes livrent exactement la même chose : 100 kWh de chaleur dans le logement. Seule la façon de les produire change. Avec le coefficient 1,9, le DPE compte 190 kWhEP pour le radiateur électrique, 63 kWhEP pour la pompe à chaleur et 111 kWhEP pour la chaudière, alors que c'est la chaudière qui envoie du CO₂ dans l'atmosphère à chaque heure de chauffe. Rendement de chaudière retenu : 90 %, une chaudière à condensation récente.
L'étiquette énergie du DPE : la note finale est toujours la moins bonne des deux, celle de l'énergie et celle des émissions de gaz à effet de serre. Un logement peut donc être classé E à cause de son chauffage au fioul, même s'il est bien isolé.
💬 Mon avis : l'énergie primaire n'a rien à faire dans un DPE
Autant le dire franchement : je trouve le calcul en énergie primaire absurde. Quand on juge une bâtisse, on veut savoir de combien de chaleur elle a besoin pour tenir 19 °C en hiver. Cela s'appelle de l'énergie finale, c'est ce que mesure le compteur, et c'est la seule grandeur qui parle vraiment de la qualité des murs, des fenêtres et de la toiture. Le rendement des centrales, lui, ne dit rien du logement : il dit quelque chose du parc électrique français, qui change tous les dix ans sans qu'un seul propriétaire ait touché à son isolation.
Le résultat de ce choix est franchement gênant. Le coefficient pénalise l'électricité, donc il améliore mécaniquement la note des logements chauffés au gaz. Autrement dit, le diagnostic censé nous sortir des énergies fossiles distribue de meilleures lettres à celui qui brûle du méthane chez lui qu'à son voisin chauffé par un parc électrique largement décarboné. Pour le climat, c'est une hérésie : le premier envoie du CO₂ dans l'atmosphère à chaque heure de chauffe, le second beaucoup moins.
Et il y a plus intéressant encore. À logement identique, le même appartement chauffé au gaz, avec des radiateurs en métal remplis d'eau chaude, consomme souvent plus d'énergie finale que s'il était chauffé à l'électricité. Ce n'est pas une loi de la physique, et je ne prétends pas que ce soit démontré ; c'est ce que j'observe, et voici l'explication à laquelle je crois : l'inertie thermique.
Un circuit d'eau chaude, c'est une chaudière, des dizaines de litres d'eau et des radiateurs en fonte ou en acier : une masse énorme à monter en température, et tout aussi longue à refroidir. Le système est donc lent, et mal pilotable. Quand on part en week-end, on baisse le thermostat, mais le logement met des heures à redescendre, et autant à remonter au retour : dans les faits, beaucoup de gens finissent par ne plus rien toucher et par chauffer une maison vide. Un convecteur ou un panneau rayonnant électrique fait l'inverse : on coupe, ça s'arrête presque tout de suite ; on rallume, c'est chaud en quelques minutes. Le chauffage suit alors les heures de présence, et ces heures-là sont les seules qui méritent d'être chauffées.
C'est pour cette raison que les radiateurs à bain d'huile, souvent vendus comme un progrès parce qu'ils « gardent la chaleur », sont à mon sens contre-productifs. Ils ne produisent pas un seul kilowattheure de plus que leur consommation, ils le restituent simplement plus tard, quand vous n'êtes peut-être plus là. Pour piloter finement, mieux vaut un émetteur à faible inertie, qui démarre et s'arrête vite, et qui obéit à un thermostat programmé sur vos horaires réels.
Une nuance, pour être honnête : la forte inertie n'est pas toujours un défaut. Dans un logement occupé en continu, ou avec une pompe à chaleur qui préfère tourner doucement et longtemps à basse température, elle lisse le fonctionnement et améliore le rendement. Mon reproche vise le cas le plus courant, celui du logement vide une bonne partie de la journée.
🌍 L'autre étiquette : les émissions de gaz à effet de serre
En plus de l'énergie, le DPE mesure les émissions de CO₂ du logement, avec sa propre échelle de A à G (en kgCO₂/m²·an). C'est ce qui explique qu'un logement peut être bien classé côté énergie mais dégradé côté climat, selon l'énergie qu'il utilise pour se chauffer.
Unité : kg de CO₂ équivalent par m² et par an (kgCO₂/m²·an).
Les facteurs d'émission utilisés dans le DPE
Pour obtenir l'étiquette climat, on multiplie l'énergie consommée par le « contenu CO₂ » de chaque énergie. Voici les valeurs conventionnelles retenues par le DPE :
| Énergie | g CO₂ eq / kWh |
|---|---|
| Bois (bûches, granulés, plaquettes) | 30 |
| Électricité | 79 |
| Gaz naturel (fossile) | 227 |
| GPL (propane, butane) | 272 |
| Fioul domestique | 324 |
| Charbon | 384 |
| Réseaux de chaleur | 50 à 200 (selon le réseau)carte et intensité carbone des réseaux de chaleur en France |
On voit pourquoi le mode de chauffage change tout : à consommation égale, un logement au fioul émet plus de 4 fois plus de CO₂ qu'un logement à l'électricité, et le bois est considéré comme quasi neutre.
Sources utilisées
- Seuils de l'étiquette climat et facteurs d'émission : arrêté du 31 mars 2021 relatif aux méthodes et procédures applicables au DPE (méthode 3CL-DPE-2021), texte sur Légifrance.
- Les valeurs sont exprimées par kWh d'énergie finale (PCI). Le DPE retient une valeur conventionnelle de 79 g/kWh pour l'électricité, plus basse que la moyenne annuelle du mix, car adossée au contenu CO₂ des usages de chauffage.
- Facteurs d'émission de référence : Base Empreinte de l'ADEME et notre-environnement.gouv.fr.
🚨 L'aberration du DPE : trois systèmes de chauffage pour une même maison
Une maison de 100 m², une isolation moyenne, un besoin de chauffage de 100 kWh de chaleur par m² et par an. On ne touche ni aux murs, ni aux fenêtres, ni à la toiture : on change seulement la machine qui fabrique cette chaleur. Le DPE, lui, va distribuer trois lettres différentes.
La maison, la même dans les trois cas
Mêmes murs isolés, même toiture isolée, mêmes fenêtres en double vitrage, même plancher : l'enveloppe ne change pas d'un encadré à l'autre, et les déperditions non plus. C'est bien la performance du bâtiment que le DPE prétend noter, et elle est identique dans les trois scénarios.
Les flèches rouges sont les déperditions de l'enveloppe : ce sont elles qui fixent les 100 kWh de chaleur à fournir chaque année, quel que soit l'appareil qui les fabrique.
Chaudière gaz à condensation
rendement 95 % (sur PCS)
Étiquette énergie
105 kWhEP/m²·an
Étiquette climat
23,9 kgCO₂/m²·an
Classe DPE retenue, la moins bonne des deux
C
Radiateurs électriques
1 kWh consommé donne 1 kWh de chaleur
Étiquette énergie
190 kWhEP/m²·an
Étiquette climat
7,9 kgCO₂/m²·an
Classe DPE retenue, la moins bonne des deux
D
Pompe à chaleur air/eau
SCOP 3, sur les radiateurs métal existants
Étiquette énergie
63 kWhEP/m²·an
Étiquette climat
2,6 kgCO₂/m²·an
Classe DPE retenue, la moins bonne des deux
A
Même maison, même isolation, trois lettres : C, D et A
Compare les deux premières cartes. La maison chauffée à l'électricité fait tourner son compteur moins vite que la maison au gaz (100 contre 105 kWh par m² et par an) et elle envoie trois fois moins de CO₂ dans l'atmosphère (7,9 contre 23,9 kg par m²). C'est pourtant elle qui récolte la moins bonne lettre : D contre C. Le seul responsable est le coefficient 1,9 appliqué à l'électricité, une convention sur le rendement du parc de centrales. Rien, dans ce chiffre, ne parle des murs, des fenêtres ou de la toiture.
La pompe à chaleur fait la démonstration dans l'autre sens. Elle consomme trois fois moins d'énergie que la chaudière (33 contre 105 kWh/m²) et émet neuf fois moins de CO₂, mais le coefficient lui reprend une bonne part de son avance : en énergie primaire, l'écart avec la chaudière n'est plus que de 1,7. Avec le coefficient 2,3 en vigueur jusqu'à fin 2025, elle tombait même à 77 kWhEP/m², soit la même lettre que le gaz, en consommant trois fois moins.
Ce que le DPE mesure ici, ce n'est donc pas la performance de la maison : c'est le contenu en énergie primaire de l'énergie qu'on y branche. Et cette énergie primaire ne sert à personne : la chaleur de fission qui part dans le condenseur d'une centrale ne coûte rien à l'occupant, ne réchauffe pas l'atmosphère et ne dit rien de son isolation. Les deux grandeurs qui comptent vraiment sont sur les cartes : les kWh que paye l'habitant, et les kilos de CO₂ qu'il envoie en l'air.
Sources et explications des calculs
Le point de départ : la maison a besoin de 100 kWh de chaleur par m² et par an, soit 10 000 kWh pour 100 m². C'est de la chaleur utile, celle qui sort des radiateurs : l'ordre de grandeur d'un logement correctement isolé sans être performant. Ce besoin ne dépend que du bâtiment, il est donc identique dans les trois cas, et c'est tout l'intérêt de la comparaison.
Chaudière gaz : les chaudières à condensation récentes annoncent un rendement saisonnier de 92 à 98 % sur PCS (le pouvoir calorifique supérieur, celui qui compte aussi la chaleur récupérée en condensant la vapeur d'eau des fumées). C'est la même chose que les rendements supérieurs à 100 % qu'on lit parfois sur les notices : ceux-là sont exprimés sur PCI, plus petit de 11 % pour le gaz naturel. On retient 95 % sur PCS, une valeur haute mais réaliste sur un réseau de radiateurs bien réglé, soit 105 kWh de gaz par m² pour 100 kWh de chaleur. Compté en PCI comme le fait le DPE, ce serait 95 kWh : aucune des deux lettres ne bouge.
Radiateurs électriques : un convecteur, un panneau rayonnant ou un radiateur à inertie transforment la totalité de l'électricité en chaleur, dans la pièce même. Le rendement vaut 100 %, l'énergie finale est donc égale au besoin.
Pompe à chaleur : SCOP de 3, c'est-à-dire 3 kWh de chaleur livrés pour 1 kWh d'électricité consommé sur une saison de chauffe. C'est la valeur courante d'une air/eau qui alimente des radiateurs métal existants, donc à température d'eau élevée. Sur un plancher chauffant, à basse température, une bonne machine monte à 4, voire 4,5.
Coefficients d'énergie primaire : 1 pour le gaz, 1,9 pour l'électricité, la valeur retenue pour le DPE depuis le 1er janvier 2026. Elle valait 2,3 depuis 2021, et 2,58 avant.
Facteurs d'émission : 227 g CO₂ eq par kWh pour le gaz naturel et 79 g pour l'électricité, valeurs conventionnelles du DPE.
Seuils des étiquettes : arrêté du 31 mars 2021 (méthode 3CL-DPE-2021). Énergie : A jusqu'à 70 kWhEP/m²·an, B jusqu'à 110, C jusqu'à 180, D jusqu'à 250, E jusqu'à 330, F jusqu'à 420, G au-delà. Climat : A jusqu'à 6 kgCO₂/m²·an, B jusqu'à 11, C jusqu'à 30, D jusqu'à 50, E jusqu'à 70, F jusqu'à 100, G au-delà. La classe affichée est toujours la moins bonne des deux. Texte sur Légifrance.
Ce qui est laissé de côté : on ne compte que le chauffage. Un vrai DPE ajoute l'eau chaude sanitaire, les auxiliaires (pompes, ventilateurs), parfois le refroidissement, et applique des corrections de climat et d'altitude. Ces ajouts déplacent les trois maisons vers le bas du tableau, mais ne changent rien à l'écart entre elles, qui est le sujet ici.