🏗️ Changement d'usage des sols
Dépassée, risque croissantDéforestation, agriculture intensive et bétonisation détruisent les milieux naturels et leur capacité à stocker le carbone et à abriter le vivant.
🏗️ L'artificialisation des sols
Béton, étalement urbain et loi ZAN, en France et dans le monde
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🏗️ L'artificialisation des sols
Béton, étalement urbain et loi ZAN, en France et dans le monde
Artificialiser un sol, c'est le couvrir de bâtiments, de routes, de parkings ou de pelouses tondues, au point qu'il ne joue plus son rôle naturel : nourrir, abriter le vivant, absorber l'eau et stocker du carbone. Or on artificialise vite, et depuis longtemps.
En France : les sols artificialisés depuis 1950
Lecture : la surface artificialisée du pays a plus que doublé depuis 1950, pour atteindre ~5,1 Mha en 2020, soit environ 9 % du territoire. On continue d'en bétonner l'équivalent de 20 000 à 30 000 ha par an (l'ordre de grandeur d'un département tous les six à sept ans), plus vite que la population n'augmente. Ordres de grandeur d'après CGDD / Teruti-Lucas et CEREMA.
Sur la tendance des dernières années (~24 000 ha/an en moyenne sur 2011-2021), la France artificialise l'équivalent d'un terrain de football (~0,7 ha) toutes les 15 minutes environ. Bonne nouvelle : ce rythme ralentit depuis quelques années, sous l'effet des réglementations et notamment de l'objectif ZAN (voir plus bas).
Dans le monde : les surfaces bâties depuis 1975
Lecture : à l'échelle du globe, la surface bâtie a environ doublé entre 1975 et 2020, portée par la croissance des villes. Les données mondiales fiables commencent en 1975 (observation satellite). Source : Global Human Settlement Layer (GHSL), Commission européenne, ordres de grandeur.
À l'échelle de la planète, avec ~500 000 à 650 000 ha de bâti nouveau par an ces dernières années, c'est l'équivalent d'un terrain de football toutes les 30 secondes environ. Et contrairement à la France, il n'existe pas d'objectif « zéro artificialisation » mondial : le rythme ne ralentit pas, tiré par la croissance des villes d'Asie et d'Afrique.
🏗️ Le béton, une bombe carbone silencieuse
Artificialiser, c'est le plus souvent couler du béton, dont l'ingrédient clé est le ciment. Or fabriquer du ciment est l'un des procédés les plus émetteurs qui soient : on chauffe du calcaire à 1 450 °C, ce qui libère du CO₂ à la fois en brûlant du combustible et par la réaction chimique elle-même. Résultat : chaque tonne de ciment émet environ 0,6 tonne de CO₂, et le ciment pèse à lui seul 7 à 8 % des émissions mondiales de CO₂. Le béton est la matière la plus consommée sur Terre après l'eau : si le ciment était un pays, il serait le troisième émetteur du monde, derrière la Chine et les États-Unis.
🦔 Moins de sol vivant, moins de biodiversité
Un sol bétonné est un sol mort. Chaque hectare artificialisé, c'est autant de terres agricoles, de prairies, de haies, de zones humides et de forêts en moins : exactement les habitats naturels qui abritent le vivant. L'artificialisation est d'ailleurs l'une des toutes premières causes d'érosion de la biodiversité (voir la limite précédente), avec la destruction et le morcellement des milieux. Bétonner, c'est aussi imperméabiliser : l'eau de pluie ne s'infiltre plus, ce qui aggrave les inondations et les îlots de chaleur en ville, et le sol perd sa capacité à stocker du carbone.
⚖️ La réponse française : le « ZAN », zéro artificialisation nette
Pour freiner cette course au béton, la loi Climat et Résilience (août 2021) a fixé l'objectif de zéro artificialisation nette (ZAN). Le principe tient en deux étapes :
- D'ici 2031 : diviser par deux le rythme d'artificialisation par rapport à la décennie 2011-2021.
- D'ici 2050 : atteindre le « zéro net ». Le mot net est essentiel : chaque nouvel hectare artificialisé devra être compensé par un hectare renaturé (désimperméabilisé, rendu à la nature ou à l'agriculture) ailleurs.
Concrètement, cela pousse à densifier plutôt qu'à étaler, à réhabiliter les friches (anciennes usines, entrepôts vides) et les logements vacants avant de grignoter de nouveaux champs. La loi du 20 juillet 2023 en a assoupli l'application pour les communes rurales, mais le cap reste le même.
Arrêter d'étaler, préserver la nature : les arguments
Le symbole à combattre, ce sont les zones commerciales de périphérie : un hypermarché de plain-pied entouré d'un immense parking en béton, sur d'anciennes terres agricoles, quand la même surface bâtie sur deux niveaux libérerait la moitié du sol. Quelques arguments simples à faire valoir :
- 🌾Nourrir demain. Un sol agricole perdu ne se récupère pas : bétonner nos meilleures terres, souvent en plaine et près des villes, c'est saper notre souveraineté alimentaire.
- 🌧️Éviter les inondations. Un parking imperméable renvoie toute la pluie d'un coup vers les cours d'eau. Des sols vivants l'absorbent : ils sont notre première protection, gratuite, contre les crues.
- 🌡️Rafraîchir les villes. Le béton et le bitume emmagasinent la chaleur et créent des îlots de chaleur ; les arbres et les sols nus, eux, rafraîchissent.
- 🐝Abriter le vivant. Haies, prairies et zones humides sont des refuges de biodiversité. Les détruire pour du stationnement, c'est un très mauvais échange.
- ♻️Recycler l'existant. Avant d'ouvrir un champ, on peut réhabiliter les friches, rénover les logements vides et végétaliser les parkings existants (ombrières, sols perméables). La loi impose d'ailleurs désormais des ombrières solaires sur les grands parkings.
Voir les sources
- CEREMA, portail de l'artificialisation des sols : ~20 000 à 30 000 ha artificialisés par an en France ; suivi de la trajectoire ZAN.
- Our World in Data, Land Use et Global Human Settlement Layer (GHSL, Commission européenne) : surfaces bâties dans le monde depuis 1975.
- Agence internationale de l'énergie (AIE), Cement : le ciment représente environ 7 à 8 % des émissions mondiales de CO₂, ~0,6 t de CO₂ par tonne de ciment.
- Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et Résilience), objectif ZAN, et loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 en aménageant l'application.
🌳 L'autre grande cause : la déforestation
Au-delà du béton, le premier moteur du changement d'usage des sols dans le monde reste l'agriculture, et surtout l'élevage: on rase des forêts pour cultiver et faire pâturer. Ce qu'on met dans son assiette pèse donc directement sur les forêts et les sols de la planète.
🥗 Alléger l'empreinte de mon assiette →