🔬 Le GIEC : les experts du climat
Qui ils sont, comment sont faits leurs rapports, et pourquoi c'est la source la plus fiable
Quand on parle de climat, une question revient toujours : qui croire ? La réponse tient en quatre lettres : le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, IPCC en anglais). Ce n'est ni une ONG, ni un lobby, ni un laboratoire : c'est l'organisme qui fait la synthèse de toute la science publiée sur le climat.
🏛️ Qui a créé le GIEC, et quand ?
Le GIEC a été créé en 1988 par deux organismes des Nations unies : l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Sa création a été approuvée la même année par l'Assemblée générale de l'ONU. Il réunit aujourd'hui 195 États membres, ce qui explique le mot « intergouvernemental » : les gouvernements valident ligne à ligne les résumés, mais ne peuvent pas modifier le contenu scientifique des rapports.
👩🔬 Combien de scientifiques ?
Point souvent mal compris : le GIEC n'a presque pas de salariés (une équipe permanente d'une dizaine de personnes à Genève). Tout le travail est fait bénévolement par des chercheurs du monde entier, sélectionnés sur dossier.
auteurs scientifiques mobilisés pour le 6ᵉ cycle (AR6), venus de plus de 65 pays, tous bénévoles
commentaires d'experts et de gouvernements auxquels les auteurs doivent répondre un par un
études scientifiques citées et analysées pour le seul groupe de travail n° 1
Le GIEC ne fait aucune recherche lui-même : il ne produit pas de données nouvelles, il lit, trie et synthétise des dizaines de milliers d'articles scientifiques déjà publiés et relus par les pairs. C'est exactement ce qui fait sa force.
📚 Comment fonctionnent les rapports : trois volets plus une synthèse
Chaque cycle d'évaluation produit un gros rapport découpé en trois groupes de travail, chacun répondant à une question différente, puis un rapport de synthèse qui referme le cycle. Voici le 6ᵉ cycle (AR6), le plus récent :

Les bases physiques
Août 2021
La science du climat : ce qu'on observe, ce qu'on comprend, ce qui va se passer selon les scénarios d'émissions.

Impacts, adaptation et vulnérabilité
Février 2022
Les conséquences concrètes sur les populations, les écosystèmes et les territoires, et comment s'y adapter.

Atténuation du changement climatique
Avril 2022
Comment réduire les émissions : les leviers secteur par secteur, leur coût et leur potentiel.

Rapport de synthèse AR6
Mars 2023
La conclusion du cycle : tout ce qui précède condensé pour les décideurs. Le document à lire si on n'en lit qu'un.
Couvertures des rapports du 6ᵉ cycle d'évaluation (AR6). Source : GIEC / IPCC. Clique sur une couverture pour ouvrir le rapport.
📄 Deux formats pour chaque volet
- Le rapport complet : plusieurs milliers de pages, avec tous les chapitres, les incertitudes et les références. C'est la version pour les scientifiques.
- Le résumé à l'intention des décideurs (SPM, Summary for Policymakers) : quelques dizaines de pages, rédigées pour les responsables politiques et approuvées mot à mot par les États. C'est la version qu'on cite dans les médias.
- Le résumé technique : un intermédiaire entre les deux, pour qui veut le détail sans lire les milliers de pages.
⏳ Tous les combien ?
Un cycle complet prend environ 6 à 8 ans. Il y a eu six cycles depuis la création du GIEC : 1990 (AR1), 1995 (AR2), 2001 (AR3), 2007 (AR4), 2014 (AR5) et 2021-2023 (AR6). Le 7ᵉ cycle (AR7) est en cours, avec des publications attendues à partir de 2028-2029. Entre deux cycles, le GIEC publie aussi des rapports spéciaux sur des sujets ciblés : le plus connu est celui de 2018 sur un réchauffement de 1,5 °C, qui a fait entrer ce seuil dans le débat public.
✅ Pourquoi c'est la source la plus fiable sur le climat
- Rien d'inédit. Le GIEC ne publie que ce qui a déjà été validé par la recherche : pas d'opinion, pas de scoop, uniquement de la littérature relue par les pairs.
- Une relecture sans équivalent. Chaque rapport passe par plusieurs tours de relecture ouverte ; les auteurs doivent répondre publiquement à chacun des dizaines de milliers de commentaires.
- Le désaccord est écrit noir sur blanc. Le GIEC affiche systématiquement son niveau de confiance (« confiance élevée », « moyenne »…) et les fourchettes d'incertitude, au lieu de les cacher.
- Validé par tous les pays. Les 195 États, y compris les grands producteurs de pétrole, approuvent les résumés. Un consensus obtenu dans ces conditions est plutôt prudent qu'alarmiste : c'est le plancher de ce qu'on sait, pas le plafond.