📊 Data
🧪 Les différents plastiques
On parle du « plastique » comme d'une seule matière, mais il en existe des dizaines de familles, avec des propriétés et des capacités de recyclage très différentes. Petit tour d'horizon des grands types utilisés au quotidien, de leurs avantages, de leurs inconvénients et surtout de leur recyclabilité réelle, c'est-à-dire rentable à l'échelle industrielle.
📋 Le tableau récapitulatif
Le chiffre dans le triangle ♳ au dos des emballages correspond au code ci-dessous (norme de tri des résines).
| Code | Type | Usages courants | Avantages | Inconvénients | Recyclé en pratique ? |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | PET / PETE Polytéréphtalate d'éthylène | Bouteilles d'eau et de soda, barquettes, textile polyester. | Transparent, léger, solide, bonne barrière aux gaz. | Se dégrade au recyclage (chaînes plus courtes), absorbe les odeurs. | Oui, rentable Filière mûre pour les bouteilles, mais surtout du downcycling |
| 2 | HDPE / PEHD Polyéthylène haute densité | Flacons de lessive, bidons, bouchons, tuyaux, jouets. | Rigide, résistant aux chocs et aux produits chimiques. | Opaque, moins valorisable que le PET une fois coloré. | Oui, rentable Bien recyclé (flacons), filière rentable |
| 3 | PVC Polychlorure de vinyle | Tuyaux, fenêtres, revêtements de sol, cartes bancaires. | Très durable, ignifuge, peu cher. | Contient du chlore et des additifs (phtalates) : toxique à brûler. | Rarement Très peu recyclé, problématique à cause du chlore |
| 4 | LDPE / PEBD Polyéthylène basse densité | Sacs plastiques, films alimentaires, sacs poubelle. | Souple, léger, étanche, bon marché. | Films légers et souillés, difficiles à collecter et trier. | Rarement Peu recyclé, les films souillés sont rarement rentables |
| 5 | PP Polypropylène | Pots de yaourt, bouchons, boîtes, pièces automobiles. | Résistant à la chaleur, léger, polyvalent. | Longtemps peu collecté, souvent en petits formats. | En progrès De plus en plus recyclé, filière en progrès |
| 6 | PS Polystyrène | Barquettes, gobelets, emballages calage (polystyrène expansé). | Léger, isolant, peu cher. | Cassant, volumineux, se fragmente facilement en microbilles. | Rarement Très peu recyclé, rarement rentable |
| 7 | Autres (PC, PLA, ABS…) Toutes les autres résines et mélanges | Électronique, emballages multicouches, bioplastiques (PLA). | Propriétés sur mesure selon l'usage. | Mélanges impossibles à séparer, le PLA perturbe le tri du PET. | Non Non recyclé en pratique (mélanges et multicouches) |
Sources : codes de tri des résines (norme ASTM D7611), ADEME et Citeo pour la recyclabilité réelle en France. Voir le détail des sources en bas de page.
♻️ « Recyclable » ne veut pas dire recyclable à l'infini
On présente souvent le PET des bouteilles comme le bon élève du recyclage. C'est vrai qu'il existe une vraie filière, mais il y a un piège que l'on cache souvent : le plastique ne se recycle pas à l'infini.
Un plastique, c'est de longues chaînes de carbone et d'hydrogène (des polymères). À chaque recyclage, on refond la matière : la chaleur, l'oxygène et les impuretés cassent ces chaînes, qui deviennent de plus en plus courtes. Or ce sont les longues chaînes qui donnent au plastique sa solidité. Résultat : la matière recyclée est de moins bonne qualité que la matière neuve. On parle de downcycling, la dégringolade des usages.
Le cycle de vie typique d'une bouteille en PET :
À chaque étape, les chaînes se raccourcissent et la qualité baisse. Après quelques cycles, la matière est trop dégradée : elle finit enfouie ou incinérée. Le recyclage retarde la fin de vie du plastique, il ne l'annule pas.
☕ Le piège des emballages « carton »
Le gobelet à café jetable a l'air d'être en carton, donc recyclable. En réalité, pour qu'il retienne le liquide, sa paroi intérieure est recouverte d'un fin film plastique (du polyéthylène, parfois du PLA). Et c'est là tout le problème : dans la pratique, on ne sait pas séparer proprement le carton de son film plastique de façon rentable.


Ces deux objets sont indiqués comme recyclables sur l'emballage, et ils vont bien dans le bac de tri. Mais « aller dans le bac jaune » et « être effectivement recyclé » sont deux choses différentes. Pour les récupérer, il faudrait défibrer le carton dans l'eau puis séparer le film plastique et l'aluminium qui y sont collés : une opération lente, énergivore, qui demande des usines spécialisées, et qui rapporte moins qu'elle ne coûte. Dans la pratique, ces emballages sont donc très peu, voire pas recyclés du tout.
Résultat : la grande majorité de ces gobelets et de ces briques, comme beaucoup d'emballages « multicouches » (paquets de chips, sachets de café, doses de compote), partent à l'incinération ou à l'enfouissement. Le carton seul est recyclable, le plastique seul l'est parfois, mais leur mariage les rend, ensemble, très difficiles à traiter. Le logo triangulaire ne dit rien de ce qui se passe réellement en bout de chaîne : il dit seulement que la matière pourrait théoriquement être recyclée. La meilleure option reste la tasse ou le gobelet réutilisable, et la bouteille de lait consignée ou en verre.
🍌 Les abus du plastique à usage unique
Le plus absurde, c'est le plastique qui ne sert à rien, ou qui emballe des aliments qui ont déjà leur emballage naturel. Quelques exemples devenus des symboles du gaspillage :
La banane épluchée sous plastique
La banane a déjà une peau parfaitement étanche. La mettre pelée sous barquette plastique, c'est ajouter un déchet inutile à un emballage naturel idéal.
L'ananas découpé sous plastique
Pratique, mais l'ananas se conserve très bien entier. Découpé sous film, il génère du plastique, se conserve moins longtemps et coûte bien plus cher.
L'œuf dur épluché sous plastique
Œufs durs déjà écalés, emballés sous plastique avec un conservateur pour tenir. La coquille faisait pourtant très bien le travail, gratuitement.
Au-delà de l'anecdote, ces usages illustrent un vrai problème : une grande partie du plastique produit est du jetable utilisé quelques minutes, puis abandonné pour des siècles. L'emballage représente à lui seul le plus gros débouché du plastique dans le monde.
🔬 Micro et nanoplastiques : le plastique invisible
Quand un plastique se dégrade dans la nature, il ne disparaît pas : il se fragmente en morceaux de plus en plus petits. En dessous de 5 mm, on parle de microplastiques, et en dessous de 0,1 micromètre (un cheveu fait environ 70 micromètres de large), de nanoplastiques. Invisibles à l'œil nu, ils sont désormais partout : dans l'océan, les sols, l'air, l'eau potable, et jusque dans notre sang, nos poumons et le placenta.
L'accumulation des microplastiques à la surface des océans (modélisation, scénarios jusqu'en 2050) :
Source : Our World in Data, Microplastics in the surface ocean (d'après Lebreton et al.). Même si on arrêtait tout rejet aujourd'hui, les gros plastiques déjà présents continueraient à se fragmenter en microplastiques pendant des décennies.
La masse de plastique flottant en surface, par océan :
Source : Our World in Data, Surface plastic mass across the world's oceans.
Les effets sur la santé sont encore à l'étude, mais plusieurs travaux récents ont retrouvé des micro et nanoplastiques dans le sang, le placenta, les poumons et même le cerveau humain. C'est un domaine de recherche très actif, et un argument de plus pour réduire à la source notre production de plastique.
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Toutes les références utilisées sur cette page
- OCDE, Global Plastics Outlook (2022) : seuls ~9 % du plastique jamais produit ont été recyclés.
- ADEME et Citeo : consignes de tri et recyclabilité réelle des emballages en France (gobelets, multicouches, films).
- Norme ASTM D7611 (anciennement SPI) : codes d'identification des résines plastiques (les chiffres 1 à 7 dans le triangle).
- Our World in Data, Plastic Pollution (Ritchie & Roser, d'après Geyer et al. 2017) : production, devenir et pollution plastique.
- Sur la dégradation des chaînes au recyclage (downcycling) : littérature sur le recyclage mécanique du PET, la refonte raccourcit les chaînes polymères et abaisse la masse molaire.
- Sur les micro et nanoplastiques dans le corps humain : études récentes ayant détecté des particules dans le sang, le placenta, les poumons et le cerveau (recherche en cours).