🧴 Introduction d'entités nouvelles dans la biosphère
Dépassée, risque élevéPlastiques, pesticides, polluants chimiques, substances radioactives… des composés créés par l'humain que la nature ne sait ni dégrader ni gérer.
Trois exemples marquants de ces « entités nouvelles », des molécules que la nature n'a jamais connues et ne sait pas dégrader : le plastique, les PFAS et les pesticides. Déplie chaque volet pour les graphiques (tous sourcés).
🧴 Le plastique
Production depuis 1950, usages et pollution terre/mer
▼ Déplier
🧴 Le plastique
Production depuis 1950, usages et pollution terre/mer
La production mondiale de plastique a explosé depuis 1950 : de quelques millions de tonnes à plus de 450 millions de tonnes par an aujourd'hui. L'essentiel finit en déchets, dont une partie se disperse dans la nature.
La production mondiale de plastique depuis 1950
Source : Our World in Data (d'après Geyer et al. 2017).
La production de plastique par secteur d'usage
Source : Our World in Data (d'après Geyer et al. 2017). L'emballage est de loin le premier usage.
Le devenir des déchets plastiques (recyclé, incinéré, décharge, dispersé)
Source : Our World in Data , la part « mal gérée » est celle qui pollue directement la nature sur terre.
Le plastique rejeté dans les océans
Source : Our World in Data (d'après Meijer et al. 2021).
Envie de comprendre les types de plastiques, pourquoi le PET des bouteilles ne se recycle pas à l'infini, le piège des gobelets carton et les abus du jetable ?
🧪 Voir la page « Les différents plastiques » →🧬 Les PFAS, les « polluants éternels »
Dans la nature, l'alimentation et l'eau potable
▼ Déplier
🧬 Les PFAS, les « polluants éternels »
Dans la nature, l'alimentation et l'eau potable
Les PFAS (substances per et polyfluoroalkylées) sont des milliers de molécules de synthèse ultra-résistantes, utilisées pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes (poêles, textiles, emballages, mousses anti-incendie). On les surnomme les « polluants éternels » car elles ne se dégradent quasiment pas et s'accumulent dans l'environnement et notre corps.
🍳 L'exemple que tout le monde connaît : la poêle antiadhésive

Le revêtement sombre d'une poêle antiadhésive, c'est du PTFE, plus connu sous son nom commercial Téflon. C'est un polymère fluoré, donc un PFAS. Bonne nouvelle : le PTFE d'une poêle en bon état est très stable et passe l'essentiel du temps dans ton assiette sans se dégrader. Le vrai problème est ailleurs, il est double : la fabrication de ces revêtements a massivement pollué l'eau autour des usines, et le PTFE se dégrade quand la poêle est rayée ou surchauffée au-delà d'environ 250 °C. Une poêle qui pèle, c'est une poêle à remplacer.
Mais on est très loin de la seule poêle : où trouve-t-on les PFAS ?
Les PFAS sont utilisés depuis les années 1950 pour trois propriétés très recherchées : ils sont antiadhésifs, imperméabilisants (ils repoussent l'eau et le gras) et résistants à la chaleur. D'où une présence dans énormément d'objets du quotidien :
Poêles et ustensiles antiadhésifs
Le fameux « Téflon », c'est du PTFE, un polymère de la famille des PFAS. Tant que le revêtement est intact, il reste stable, mais il se dégrade quand il est rayé ou surchauffé au-delà de ~250 °C.
Vêtements imperméables et déperlants
Vestes de pluie, coupe-vent, chaussures de rando, vêtements techniques : les traitements déperlants « qui font perler l'eau » sont très souvent à base de PFAS.
Emballages alimentaires anti-gras
Boîtes à pizza, sachets de pop-corn micro-ondes, papiers de fast-food, barquettes en carton : le traitement qui empêche le gras de traverser le carton contient souvent des PFAS.
Textiles anti-taches
Canapés, moquettes, tapis et sièges de voiture traités « anti-taches » utilisent les mêmes propriétés déperlantes.
Cosmétiques
Fonds de teint longue tenue, mascaras waterproof, crèmes : les PFAS y apportent la tenue et la résistance à l'eau. Interdits dans les cosmétiques en France depuis 2026.
Mousses anti-incendie
C'est l'une des plus grosses sources de pollution locale : les mousses utilisées sur les feux d'hydrocarbures (aéroports, sites industriels, terrains d'entraînement des pompiers) imprègnent les sols et les nappes.
Farts de ski
Les farts fluorés qui font glisser les skis déposent des PFAS directement dans la neige, donc dans l'eau de fonte. Interdits en France depuis 2026.
Médical, électronique, industrie
Dispositifs médicaux, câbles, semi-conducteurs, joints, gaz réfrigérants, pesticides : des usages techniques nombreux, souvent invisibles pour le consommateur.
Quelles industries polluent le plus ?
Acheter une poêle antiadhésive n'est pas ce qui contamine les rivières. L'essentiel de la pollution vient de l'amont industriel et de quelques usages très dispersifs :
Chimie et production de fluoropolymères
Les usines qui fabriquent les PFAS eux-mêmes sont les plus gros points chauds : c'est autour d'elles qu'on mesure les contaminations les plus fortes, dans l'eau, les sols et le sang des riverains et des salariés.
Traitement de surface des métaux
Chromage et traitements galvaniques utilisent des PFAS comme agents mouillants, rejetés ensuite dans les eaux industrielles.
Textile, cuir et papier
Application des traitements déperlants et anti-gras sur les tissus, les cuirs et les cartons d'emballage.
Aéroports, sites militaires et pompiers
Usage répété de mousses anti-incendie sur les zones d'entraînement : la pollution s'infiltre et persiste dans les nappes pendant des décennies.
Incinération et traitement des déchets
Les PFAS résistent à la chaleur : mal brûlés, ils repartent dans l'air. Depuis 2025, les installations d'incinération doivent mesurer 49 PFAS dans leurs rejets atmosphériques.
Stations d'épuration et boues d'épandage
Les stations ne savent pas retenir les PFAS : ils ressortent dans l'eau rejetée et dans les boues, parfois épandues sur des terres agricoles.
✅ Ce qui change en France
La loi du 27 février 2025 interdit progressivement les PFAS dans plusieurs produits de consommation. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les cosmétiques, les farts de ski, les vêtements, les chaussures et leurs produits d'imperméabilisation contenant des PFAS ne peuvent plus être fabriqués ni vendus. Les industriels doivent par ailleurs mesurer les PFAS dans leurs rejets aqueux depuis 2023.
Voir les sources
- ANSES, les PFAS : des substances chimiques très persistantes (usages : textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, revêtements antiadhésifs, cosmétiques, produits phytosanitaires).
- Ministère de la Transition écologique, plan d'action interministériel PFAS (secteurs émetteurs, surveillance des rejets depuis 2023, mesure de 49 PFAS dans les rejets des incinérateurs à partir de 2025).
- Loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (interdictions au 1ᵉʳ janvier 2026).
- Académie des sciences (2025), la pollution aux PFAS : état des lieux des connaissances.
Les PFAS « historiques » dans le sang de la population (baromètre de la contamination généralisée) :
Source : CDC, National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals (NHANES 1999-2018). Depuis l'interdiction du PFOS et du PFOA, leur taux dans le sang baisse fortement, preuve que réglementer marche. Mais ils sont remplacés par d'autres PFAS, encore mal suivis, et restent présents chez presque 100 % de la population.
🗺️ Les PFAS dans l'environnement en Europe
Le Forever Pollution Project (consortium de médias européens dont Le Monde) a recensé près de 23 000 sites contaminés en Europe, et environ 21 500 sites de contamination présumée. La carte interactive est consultable en ligne :
Ouvrir la carte des PFAS en Europe →Source : Forever Pollution Project (Le Monde et 17 médias partenaires, 2023). Carte non reproduite ici pour des raisons de droits.
Les principaux contributeurs des PFAS dans notre alimentation :
Source : EFSA (2020), avis sur les PFAS dans l'alimentation. Barres indicatives (classement des contributeurs), les parts exactes varient selon les études et les régimes alimentaires. EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng/kg de poids corporel pour la somme de 4 PFAS ; les jeunes enfants sont les plus exposés.
Les PFAS dans l'eau du robinet :
Environ 45 % des échantillons d'eau du robinet analysés aux États-Unis contiennent au moins un PFAS (USGS, 2023). En Europe, une nouvelle réglementation impose depuis 2023 une limite dans l'eau potable.
Source : USGS (2023), étude nationale sur les PFAS dans l'eau du robinet.
🌾 Les pesticides
Types, usages, quantités, réglementation et effets sur la santé
▼ Déplier
🌾 Les pesticides
Types, usages, quantités, réglementation et effets sur la santé
Un pesticide est une molécule conçue pour tuer du vivant. Ce n'est pas un effet secondaire malheureux, c'est sa fonction même : c'est ce qu'on lui demande. Toute la question est de savoir jusqu'où s'arrête la cible visée, et où commence le reste, à commencer par nous. À ce titre, les pesticides de synthèse sont un cas d'école de la limite planétaire des entités nouvelles : des molécules fabriquées par l'homme, dispersées volontairement et massivement dans l'environnement.
🏷️ Les trois grandes familles
On les classe d'abord par ce qu'ils sont censés éliminer. La part indiquée est celle de la consommation mondiale de substances actives.
🌿 Herbicides
≈ 50 % du tonnage mondial
Les plantes concurrentes, les « mauvaises herbes »
Glyphosate, S-métolachlore, prosulfocarbe. C'est la famille qui a le plus progressé dans le monde : plus 121 % en trente ans.
🍄 Fongicides et bactéricides
≈ 28 % du tonnage mondial
Les champignons et les bactéries (mildiou, oïdium, septoriose)
Soufre, cuivre, triazoles (tébuconazole). Très utilisés en viticulture et en arboriculture, sous notre climat humide.
🐛 Insecticides
≈ 22 % du tonnage mondial
Les insectes ravageurs, et au passage les autres
Néonicotinoïdes (acétamipride), pyréthrinoïdes, organophosphorés. Les plus problématiques pour les pollinisateurs et pour le système nerveux.
S'y ajoutent des familles plus discrètes : acaricides, nématicides, molluscicides (les granulés anti-limaces), rodenticides et régulateurs de croissance. On croise aussi un classement par famille chimique : organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, triazoles. C'est celui qui compte pour la toxicité, parce que les molécules d'une même famille agissent sur les mêmes mécanismes biologiques, souvent le système nerveux.
🚜 Où sont-ils utilisés ?
🌾 L'agriculture
L'écrasante majorité des tonnages. En France métropolitaine, les herbicides représentent environ 45 % des ventes ; en outre-mer, ce sont les insecticides qui dominent, à environ 75 %.
🌳 Jardins et espaces publics
C'est la catégorie JEVI. La loi Labbé l'a fait fondre : interdiction pour les collectivités depuis 2017, puis pour les particuliers depuis 2019. Un des rares leviers qui a vraiment marché.
🏠 Les usages domestiques
Souvent oubliés, et pourtant à l'intérieur du logement : antipuces du chien et du chat, insecticides ménagers, anti-moustiques, traitement des charpentes. Ce sont des biocides, une réglementation distincte.
⚖️ Une précision d'honnêteté : l'agriculture biologique utilise elle aussi des pesticides, mais uniquement d'origine naturelle et sur une liste très restreinte, principalement le cuivre et le soufre. Le cuivre n'est d'ailleurs pas anodin : il s'accumule dans les sols et n'en repart pas. « Bio » ne veut donc pas dire « zéro pesticide », mais bien moins de molécules de synthèse, et pas de substances CMR.
📈 Combien en utilise-t-on, vraiment ?
🌍 Monde
3,70 Mt
de substances actives en 2022
Le double de 1990, et plus 13 % en dix ans. Soit 2,38 kg par hectare de terre cultivée, une intensité qui a presque doublé depuis 1990.
FAO, FAOSTAT
🇪🇺 Union européenne
≈ 350 000 t
vendues par an sur la décennie 2011-2020
Un plateau remarquablement stable pendant dix ans, puis une vraie inflexion : moins 9 % en 2022 et encore moins 9 % en 2023, le plus bas niveau depuis le début des relevés.
Eurostat
🇫🇷 France
66 508 t
de substances actives vendues en 2023
Le chiffre qui fâche : ce volume est du même ordre que la moyenne constatée depuis 2008, alors que trois plans Ecophyto successifs visaient chacun une baisse de 50 %.
SDES, BNVD
L'usage de pesticides depuis 1990, en tonnes de substances actives
Source : Our World in Data d'après la FAO (FAOSTAT). Le monde, l'Union européenne et la France sont affichés ; ajoute d'autres pays avec le bouton « Edit countries and regions ».
L'intensité d'usage, en kilos de substances actives par hectare cultivé
Source : Our World in Data d'après la FAO (FAOSTAT). C'est l'indicateur le plus parlant : il neutralise la taille du pays et la surface agricole.
L'échec français, en une phrase
Le plan Ecophyto, lancé en 2008, visait moins 50 % en dix ans. Objectif repoussé à 2025, puis à 2030. Quinze ans plus tard, les quantités vendues sont du même ordre qu'au départ, et le NODU, l' indicateur du nombre de doses appliquées, n'a pas baissé non plus. Une nuance tout de même, et elle compte : les substances les plus dangereuses, classées CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques), ont bien reculé, d'environ 35 % en volume entre 2015-2017 et 2020-2022. On n'utilise donc pas moins de pesticides ; on utilise moins des pires.
⚖️ Comment tout cela est réglementé
Le système repose sur un double étage, posé par le règlement européen 1107/2009 : la substance active est approuvée au niveau européen, après évaluation par l'EFSA, puis chaque produit commercial doit être autorisé pays par pays, en France par l'ANSES depuis 2015. En principe, une substance classée cancérogène ou mutagène de catégorie 1A ou 1B ne peut pas être approuvée.
🚫 Les néonicotinoïdes : interdits, puis presque revenus
Ces insecticides neurotoxiques, redoutables pour les abeilles, sont interdits en France depuis 2018, avec une interdiction plus large que celle de l'Union. Des dérogations ont été accordées à la betterave sucrière de 2020 à 2023, avant qu'un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne n'y mette fin en janvier 2023. En 2025, la loi Duplomb a tenté de réintroduire l'acétamipride. Le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition le 7 août 2025, en s'appuyant sur la Charte de l'environnement : le législateur avait privé de garanties légales le droit de vivre dans un environnement respectueux de la santé. Le reste de la loi a été validé.
🧪 Le glyphosate, le cas le plus disputé
C'est l'herbicide le plus utilisé au monde, et le point où deux agences scientifiques se contredisent frontalement.
Le CIRC, agence cancer de l'OMS
Le classe depuis 2015 comme cancérogène probable pour l'homme, groupe 2A, sur la base d'études chez l'animal et de données chez les applicateurs professionnels.
L'EFSA, autorité européenne
Conclut à l'inverse qu'il n'existe pas de domaine critique de préoccupation faisant obstacle au renouvellement de son approbation.
Résultat : faute de majorité qualifiée entre les États membres, c'est la Commission européenne qui a tranché seule, le 16 novembre 2023, en renouvelant l'approbation du glyphosate jusqu'au 15 décembre 2033. Plusieurs ONG ont porté cette décision devant la Cour de justice de l'Union européenne. Une partie du désaccord s'explique par les méthodes : le CIRC évalue un danger (la substance peut-elle causer un cancer ?), l'EFSA évalue un risque dans les conditions d'usage prévues. Les deux peuvent avoir raison en même temps, ce qui n'aide pas le débat public.
📏 Et autour des habitations
Depuis 2020, des zones de non-traitement s'appliquent près des maisons : de l'ordre de 5 à 20 mètres selon les cultures et les produits, avec des distances renforcées pour les substances les plus préoccupantes. Ces distances sont très critiquées comme insuffisantes, et la suite de cette section explique pourquoi.
🩺 Les effets sur la santé : ce qui est établi
La référence française fait autorité : l'expertise collective de l'Inserm publiée en 2021, qui a analysé plus de 5 300 publications scientifiques internationales. Elle ne dit pas « les pesticides donnent le cancer » ; elle gradue, maladie par maladie, la force de la présomption de lien : forte, moyenne ou faible. C'est plus austère qu'un slogan, et beaucoup plus solide.
Présomption FORTE, chez les professionnels exposés
Agriculteurs, applicateurs, salariés agricoles
- • Lymphomes non hodgkiniens
- • Myélome multiple
- • Cancer de la prostate
- • Maladie de Parkinson
- • Troubles cognitifs
- • BPCO et bronchite chronique
Présomption FORTE, exposition pendant la grossesse ou l'enfance
C'est le volet le plus préoccupant, parce qu'il ne relève d'aucun choix de la personne exposée
- • Leucémies de l'enfant
- • Tumeurs du système nerveux central de l'enfant
- • Troubles du développement neuropsychologique et moteur
Présomption MOYENNE, chez les professionnels exposés
Le lien est suggéré par la littérature, sans être aussi robuste
- • Maladie d'Alzheimer
- • Troubles anxio-dépressifs
- • Certaines leucémies
- • Cancers du système nerveux central
- • Cancer de la vessie
- • Cancer du rein
- • Sarcomes des tissus mous
- • Asthme et sifflements respiratoires
- • Pathologies thyroïdiennes
Pour les riverains de zones agricoles, l'Inserm ne retient en 2021 qu'une présomption faible pour la maladie de Parkinson et pour les troubles du spectre autistique chez l'enfant. Attention au contresens : « faible » ne veut pas dire « rassurant ». Cela veut dire que les études disponibles mesuraient très mal l'exposition réelle des riverains, faute de données. C'est précisément ce trou-là qui vient d'être comblé.
🍇 PestiRiv, l'étude qui manquait sur les riverains
Menée par l'ANSES et Santé publique France, ses résultats ont été publiés en septembre 2025. C'est la première étude de cette ampleur en conditions réelles : 265 zones viticoles et non viticoles, 56 substances mesurées dans l'air extérieur, l'air intérieur des logements, les poussières des maisons, et dans l'urine et les cheveux des participants, adultes de 18 à 79 ans et enfants de 3 à 17 ans.
Le résultat est net : les personnes vivant près des vignes sont davantage exposées que celles qui vivent loin de toute culture, avec une sur-imprégnation pendant les périodes de traitement pour la majorité des biomarqueurs mesurés. Les deux facteurs déterminants sont les quantités utilisées et la proximité des habitations. Les deux agences en tirent une recommandation explicite : réduire au strict nécessaire le recours aux produits phytopharmaceutiques.
📋 La reconnaissance officielle, et son accélération
Ce n'est plus un débat théorique : la France indemnise. La maladie de Parkinson est inscrite au tableau des maladies professionnelles agricoles depuis 2012, les lymphomes non hodgkiniens depuis 2015, et un fonds d'indemnisation des victimes de pesticides a été créé en 2020, ouvert aux professionnels comme aux enfants exposés pendant la grossesse. Les demandes explosent.
Nombre de demandes déposées au fonds d'indemnisation des victimes de pesticides. En 2024, 87 % émanaient de travailleurs agricoles. La progression traduit autant une meilleure connaissance du dispositif qu'une réalité sanitaire, mais l'ordre de grandeur, un triplement en trois ans, parle de lui-même.
🧠 Comment lire tout ça sans paniquer ni minimiser
Trois choses à garder en tête. Un : les niveaux d'exposition n'ont rien à voir entre un applicateur professionnel, un riverain de vignes et un consommateur de fruits et légumes ; les présomptions fortes concernent les premiers. Deux : c'est justement pour ça que la question est d'abord professionnelle et sociale, et que ceux qui paient le prix fort sont les agriculteurs eux-mêmes. Trois : pour la population générale, le principal levier reste de réduire la demande en amont, ce qui ramène à des choix très concrets d'alimentation.
🥗 Réduire l'empreinte de mon assiette →Voir les sources
- Inserm, expertise collective « Pesticides et effets sur la santé : nouvelles données » (2021) : plus de 5 300 documents analysés, classement des présomptions de lien par pathologie et par population.
- ANSES et Santé publique France, étude PestiRiv (résultats 2025) : 265 zones, 56 substances, exposition des riverains de zones viticoles.
- FAO, Pesticides use and trade 1990-2022 : 3,70 Mt de substances actives en 2022, doublement depuis 1990, 2,38 kg par hectare, répartition herbicides, fongicides, insecticides.
- Eurostat, indicateur agri-environnemental « consommation de pesticides » : environ 350 000 tonnes vendues par an dans l'Union entre 2011 et 2020, puis baisse marquée.
- Ministère de la Transition écologique et SDES, ventes de produits phytosanitaires en France (BNVD) : 66 508 tonnes de substances actives vendues en 2023, stabilité depuis 2008, recul de 35 % des substances CMR.
- Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, rapport annuel : 326 demandes en 2021, 650 en 2022, 681 en 2023, 978 en 2024.
- Réglementation : règlement (CE) n° 1107/2009, règlement d'exécution de la Commission du 16 novembre 2023 renouvelant l'approbation du glyphosate jusqu'au 15 décembre 2033, CIRC monographie volume 112 (2015), décision du Conseil constitutionnel n° 2025-891 DC du 7 août 2025.