🌍 Déclic Climatique
← Retour au coin data

🚢 L'empreinte carbone du fret

Tout ce qu'on achète a voyagé. Pour comparer un porte-conteneurs et un semi-remorque, une seule unité tient la route : le CO₂ émis pour transporter une tonne de marchandise sur un kilomètre. Entre le meilleur et le pire mode, l'écart est d'un facteur 270, et il ne se joue pas du tout là où on le croit.

📊 Le même kilomètre, la même tonne, six moyens de transport

Les valeurs sont celles du guide officiel Information GES des prestations de transport, qui sert de référence aux transporteurs français. Elles comprennent la phase amont de l'énergie (extraction, raffinage, acheminement) et les trajets à vide, ce qui évite de flatter artificiellement la route.

Train de marchandises électrique (1,99 g, traction électrique en France)

2,0 g/t·km

Porte-conteneurs géant (plus de 7 500 conteneurs (EVP))

10,2 g/t·km

Train de marchandises diesel (même train, traction au gazole non routier)

36,2 g/t·km

Péniche (automoteur fluvial de 1 000 à 1 499 tonnes)

50,0 g/t·km

Semi-remorque (40 tonnes, marchandises diverses, longue distance)

86,0 g/t·km

Avion-cargo (gros-porteur, vol de plus de 7 000 km)

537 g/t·km

Pour une tonne de marchandise transportée sur un kilomètre, et à l'échelle : la barre de l'avion-cargo occupe toute la largeur, et tous les autres modes se mesurent à elle. Ces grammes par tonne-kilomètre se lisent aussi comme des kilos par tonne sur 1 000 km : 537 kg pour l'avion, 86 kg pour le camion, 2 kg pour le train électrique.

Voir les sources

Ce que ce classement change

Le bateau n'est pas le problème

C'est l'idée reçue la plus tenace : le tee-shirt venu de Chine aurait un bilan catastrophique à cause du bateau. Un porte-conteneurs géant émet 10 g par tonne-kilomètre, soit huit fois moins qu'un camion. Les 20 000 km depuis Shanghai coûtent donc environ 200 kg de CO₂ par tonne, quand les 800 km de camion qui suivent en coûtent déjà 70. Ce qui pèse dans un vêtement, c'est sa fabrication, pas sa traversée.

L'avion, lui, change tout

Un kilo de marchandise expédié par avion émet 50 fois plus que par bateau. C'est le seul mode qui peut, à lui seul, faire basculer le bilan d'un produit : des fraises hors saison, du saumon frais, une pièce détachée envoyée en urgence. Le fret aérien ne représente que 1 % des tonnes transportées dans le monde, mais une part sans commune mesure de leurs émissions.

Le train électrique est hors catégorie, en France

2 g par tonne-kilomètre : c'est ce que permet une caténaire alimentée par un mix électrique très bas carbone. Le même train tracté au gazole émet 18 fois plus. L'écart entre les deux ne vient pas du train mais de la prise, et il illustre ce que l'électrification change quand l'électricité est propre.

Le camion fait 90 % du fret français

Le classement ne dit pas quel mode est utilisé, seulement ce qu'il coûte. Or l'essentiel des tonnes-kilomètres françaises passe par la route, le rail et le fluvial se partageant la portion congrue. C'est là que se trouve le gisement : chaque tonne basculée du camion vers le train électrique divise ses émissions par plus de quarante. Les chiffres du fret français sont sur la page des données de transport.

Attention à ce que cette unité ne dit pas

La tonne-kilomètre compare des moyens de transport, pas des choix de consommation. Un mode très sobre parcouru sur 20 000 km peut finir plus haut qu'un mode médiocre sur 200 km, et surtout, le transport ne pèse en général que 10 % de l'empreinte d'un produit, loin derrière sa fabrication. C'est exactement ce qui fait que manger local ne suffit pas : mieux vaut un bœuf en moins qu'un kilomètre en moins.