🌍 Déclic Climatique

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🧳 Simulateur d'empreinte carbone des transports

Le transport est le premier poste d'émissions des Français, et celui où les écarts entre deux choix sont les plus violents : sur un même trajet, il y a un facteur 100 entre le TGV et l'avion. Ce simulateur détaille les quatre modes principaux, en montrant à chaque fois d'où vient le CO₂ : le carburant, son amont pétrolier, la fabrication du véhicule, les infrastructures, et pour l'avion, les fameuses traînées de condensation.

💡 Tout est modifiable. Chaque section a ses propres paramètres, et la dernière additionne les étapes pour composer un voyage multimodal. Les hypothèses et les sources sont détaillées tout en bas, et calées sur les valeurs déjà publiées ailleurs sur ce site.

✈️ 1. L'avion

Le mode de transport où un seul voyage peut peser plus lourd que toute une année de voiture. Deux raisons : la quantité de kérosène brûlée, et le fait que la moitié de l'effet réchauffant de l'avion n'est pas du CO₂.

Type d'appareil

Gros porteur type A330 ou 777, l'appareil le plus courant sur les longues distances aujourd'hui. 2,8 L/100 km par passager en moyenne, un peu plus qu'un monocouloir récent parce que la cellule est plus lourde et la flotte plus ancienne.

Où se forment les traînées de condensation

En brûlant, le kérosène produit de la vapeur d'eau. Au-dessus de 8 000 mètres, l'air est à moins de 40 °C sous zéro : cette vapeur gèle instantanément autour des suies du réacteur et forme des cristaux de glace. Si l'air ambiant est humide, ces traînées ne se dissipent pas, elles s'étalent en cirrus artificiels qui laissent passer le rayonnement du Soleil mais retiennent la chaleur qui remonte du sol. Le consensus scientifique retient que cet effet double approximativement l'impact climatique du vol. Ce doublement vaut pour la portion passée là-haut : un long-courrier y passe presque toute sa route, un court-courrier seulement un bout de la sienne, et le calcul ci-dessous en tient compte kilomètre par kilomètre.

02 0004 0006 0008 00010 00012 0008 000 m : au-dessus, les traînées de condensation persistentcroisière à 11 600 m01 4602 9204 3805 840Distance parcourue (km) et altitude (m)
Ce vol passe environ 5 456 km au-dessus de 8 000 m, soit 93 % du trajet, dans la zone bleue où l'air est assez froid et humide pour que les traînées se transforment en cirrus persistants. Le doublement de l'impact ne vaut que sur cette portion : sur l'ensemble du vol, les traînées multiplient l'empreinte par 1,93.

Aller-retour de 5 840 km : 1,93 tCO₂e par passager

Avion : 11 680 km parcourus1,93 tCO₂e
Combustion du kérosène : 824 kgCO₂eAmont : extraction, raffinage, transport : 173 kgCO₂eTraînées de condensation (93 % du trajet au-dessus de 8 000 m) : 932 kgCO₂e

📏 Échelle commune à tous les graphiques de cette page : la piste pleine vaut 1,93 tCO₂e, le plus gros trajet simulé ici. Une barre minuscule n'est pas une erreur d'affichage, c'est le message.

  • Kérosène brûlé : 327 litres par passager, soit une consommation moyenne de 2,8 L/100 km par passager
  • Soit 165 gCO₂e par passager-kilomètre
  • L'équivalent de 643 steaks hachés de 100 g, ou de 96 % du budget carbone annuel soutenable d'une personne (2 tonnes)

Ce qui fait vraiment varier l'empreinte au kilomètre

Côté carburant, on retient ici une consommation moyenne constante, décollage et atterrissage compris, comme l'annoncent les pilotes en ligne : 2,5 L/100 km par passager sur un monocouloir récent. Ce n'est donc pas le carburant qui fait le grand écart entre deux vols, mais les traînées de condensation : sous 8 000 m, elles ne persistent pas ; au-dessus, elles forment des cirrus qui doublent l'impact climatique, sur la portion du vol où elles se forment.

050100150200ton vol : 160 g/km05001 0001 5002 0002 5003 000Distance du vol (km), en gCO₂e par passager-kilomètre
À consommation moyenne constante, l'empreinte au kilomètre ne dépend plus que d'une chose : les traînées de condensation. La courbe décolle vers 320 km, la distance à partir de laquelle un avion croise au-dessus de 8 000 m, puis elle monte progressivement : plus le vol est long, plus la part de sa route passée dans la zone froide est grande, jusqu'à occuper la quasi-totalité du trajet sur un long-courrier, où l'impact est bel et bien doublé. Un vol de 400 km, lui, n'y passe qu'un bout de sa route : ses traînées ne pèsent que sur cette portion. Il reste pénalisant pour d'autres raisons, puisqu'il remplace un trajet en train de quelques dizaines de grammes par kilomètre.

🚄 2. Le train

Le grand écart du ferroviaire français : entre un TGV et un TER, il y a un facteur neuf. Le TGV roule à l'électricité nucléaire avec 400 passagers à bord ; le TER circule souvent aux trois quarts vide, et une partie du réseau n'est même pas électrifiée.

TGV : 500 km × 2,9 g/km1,45 kgCO₂e
TER et Intercités : 80 km × 25 g/km2,00 kgCO₂e

📏 Échelle commune à tous les graphiques de cette page : la piste pleine vaut 1,93 tCO₂e, le plus gros trajet simulé ici. Une barre minuscule n'est pas une erreur d'affichage, c'est le message.

Total train : 3,5 kgCO₂e pour 580 km

Sur les 580 km, 58 % des émissions viennent des 80 km de TER. Le même trajet intégralement en TGV coûterait 1,7 kgCO₂e.

🏗️ La part cachée du TGV : la construction de la ligne. Sur les 2,9 g par voyageur-kilomètre, 1,2 g ne viennent pas du train mais du béton, de l'acier et des terrassements de la ligne à grande vitesse, amortis sur sa durée de vie et son trafic. Autrement dit, 41 % de l'empreinte du TGV est déjà émise avant que le premier voyageur ne monte à bord. C'est aussi la part la plus discutée : selon la durée d'amortissement retenue et la fréquentation de la ligne, les estimations publiées vont de 1 à 3 g. Une LGV peu fréquentée est un mauvais investissement climatique ; une LGV saturée est imbattable.

🚗 3. La voiture

Le mode où le nombre de personnes à bord change tout. Une voiture essence avec quatre passagers descend sous l'empreinte d'une voiture électrique conduite seule.

Voiture : 500 km à 1 personne à bord, par personne110 kgCO₂e (110 kgCO₂e pour la voiture entière)
CO₂ direct à l'échappement (2,28 kg/L brûlé) : 80 kgCO₂eAmont du carburant : extraction, raffinage, transport : 18 kgCO₂eCarbone gris de la voiture neuve (6 t amorties sur 250 000 km) : 12 kgCO₂e

📏 Échelle commune à tous les graphiques de cette page : la piste pleine vaut 1,93 tCO₂e, le plus gros trajet simulé ici. Une barre minuscule n'est pas une erreur d'affichage, c'est le message.

Le carbone gris de cette voiture : 6 tonnes

Carcasse hors batterie : 6 tSoit 24 g/km sur 250 000 km

219 gCO₂e par kilomètre de voiture, soit 110 kgCO₂e par personne

500 km × 219 g/km = 110 kgCO₂e pour le véhicule, divisés par 1 personne à bord, soit 110 kgCO₂e chacun, ou 219 g par voyageur-kilomètre.

💡 En prenant une seule personne de plus, vous passez à 110 g par voyageur-kilomètre. Le covoiturage est le levier le moins cher et le plus rapide de tout ce simulateur : il ne demande d'acheter aucun véhicule.

🚌 4. L'autocar

Le grand oublié des comparatifs, et pourtant le mode routier le plus sobre. Le calcul tient en une ligne : un car brûle du gazole comme un camion, mais il le partage entre plusieurs dizaines de personnes. Tout se joue donc sur deux nombres, la consommation du car et le nombre de gens à bord.

Le car de tous les jours, quelques années au compteur : environ 32 L/100 km, le milieu de la fourchette.

Autocar : 500 km, par voyageur11 kgCO₂e (506 kgCO₂e pour le car entier)
CO₂ direct à la combustion du gazole (2,68 kg/L brûlé) : 9,7 kgCO₂eAmont du gazole : extraction, raffinage, transport : 1,7 kgCO₂e

📏 Échelle commune à tous les graphiques de cette page : la piste pleine vaut 1,93 tCO₂e, le plus gros trajet simulé ici. Une barre minuscule n'est pas une erreur d'affichage, c'est le message.

500 km en autocar : 11 kgCO₂e par voyageur, soit 23 g par voyageur-kilomètre

Le car brûle 160 litres de gazole sur le trajet, soit 3,6 litres par voyageur, c'est-à-dire 0,73 L/100 km par passager, une fois partagés entre les 44 personnes à bord. Ce chiffre-là est le plus parlant de tous : une voiture thermique tourne autour de 6 à 7 L/100 km pour une seule personne, soit une dizaine de fois plus.

Le même trajet en voiture essence conduite seule émettrait 110 kgCO₂e, et en avion court-courrier environ 47 kgCO₂e. L'autocar est lent, et c'est bien son seul défaut climatique.

😲 D'où viennent ces consommations ? Elles ne sortent pas d'une fiche technique : je suis allé poser la question directement à des conducteurs d'autocar. Leurs réponses dessinent une fourchette nette, de 25 L/100 km pour un car neuf à 40 L/100 km pour les plus anciens. À titre de repère, l'ADEME retient 30 g par voyageur-kilomètre pour un autocar longue distance : le calcul ci-dessus tombe dans le même ordre de grandeur.

0,73 L

pour 100 km et par passager

19 g

de CO₂ par voyageur-kilomètre, combustion seule

30 g

le facteur retenu par l'ADEME, même périmètre

Les deux derniers encadrés se comparent directement : ils sont tous les deux à la combustion seule, hors amont du gazole. Avec l'amont compris, le trajet ressort à 23 g par voyageur-kilomètre.

🧭 5. Un voyage multimodal

La plupart des vrais voyages combinent plusieurs modes : le TER jusqu'à la gare, le TGV jusqu'à l'aéroport, le vol, puis la voiture de location à l'arrivée. Cochez les étapes à inclure, les distances sont celles saisies dans les sections ci-dessus.

94 %
répartition du voyage completTotal : 2,04 tCO₂e
Avion1 929 kgCO₂e
Voiture110 kgCO₂e
Autocar (non inclus)11 kgCO₂e
Train3,5 kgCO₂e

Le voyage complet : 2,04 tCO₂e par personne

  • soit 681 steaks hachés de 100 g
  • soit 102 % du budget carbone annuel soutenable d'une personne, qui est de 2 tonnes de CO₂e par an
  • soit 0,23 année d'empreinte carbone moyenne d'un Français (9 tonnes par an)

La barre empilée ci-dessus dit tout : dans ce voyage combiné, le poste avion représente à lui seul 94 % du total. C'est là, et nulle part ailleurs, qu'il faut agir.

Voir toutes les hypothèses et les sources

Avertissement. Ce simulateur donne des ordres de grandeur, pas des mesures. L'empreinte réelle d'un vol dépend de l'appareil, du taux de remplissage, de la route suivie et même de la météo du jour, qui décide si les traînées persistent ou non.

Avion. La combustion d'un kilo de kérosène produit 3,15 kg de CO₂ ; à une densité de 0,8 kg par litre, cela fait 2,52 kgCO₂ par litre. L'amont (extraction, raffinage, transport) ajoute 0,53 kg, d'où 3,05 kgCO₂e par litre au total. La consommation retenue est une moyenne constante sur tout le vol, décollage et atterrissage compris : 2,5 L/100 km par passager sur un monocouloir récent (A320neo, 737 MAX), valeur donnée par des pilotes en ligne, 2,8 L/100 km pour un gros porteur moyen et 2,3 L/100 km pour un long-courrier de dernière génération bien rempli. Ce choix, plus simple et plus vérifiable qu'un terme fixe de décollage, cale l'aller-retour Paris-New York en classe éco sur les 2 tCO₂e publiés ailleurs sur ce site. En contrepartie, il donne des vols courts un peu moins émetteurs que la valeur ADEME reprise sur la page des ordres de grandeur (environ 200 kgCO₂e au lieu de 300 pour un aller-retour Paris-Marseille) : l'écart tient au taux de remplissage et à l'âge de la flotte retenus.

Traînées de condensation. Elles n'émettent pas de CO₂, mais leur forçage radiatif est du même ordre que celui du CO₂ du vol, d'où le facteur 2 appliqué dès que l'altitude de croisière dépasse 8 000 m. C'est une simplification : en réalité, seuls les vols traversant des zones d'air sursaturé en glace forment des traînées persistantes, soit une minorité des vols qui concentre l'essentiel de l'effet.

Classes. Le multiplicateur mesure la surface de cabine occupée : un siège d'affaires en prend environ 3 fois plus qu'un siège éco, une suite de première jusqu'à 9 fois. Valeurs de la Banque mondiale, également utilisées sur la page « L'empreinte carbone du luxe » de ce site.

Train. TGV à 1,7 g de traction plus 1,2 g de construction de la ligne à grande vitesse, soit 2,9 g par voyageur-kilomètre. TER et Intercités à 25 g : c'est la valeur ADEME pour le TER, la plus défavorable du ferroviaire, car les TER circulent souvent peu remplis et une partie du réseau n'est pas électrifiée. Les Intercités seuls tombent autour de 5 g.

Voiture. Facteurs ADEME amont compris : essence 2,79 kgCO₂e/L, gazole 3,16 kgCO₂e/L.

Carbone gris de la voiture. Il est amorti sur 250 000 km, la durée de vie retenue partout sur ce site. La carcasse hors batterie vaut 5 tonnes de CO₂e : c'est un ordre de grandeur, les analyses de cycle de vie publiées donnant plutôt 5 à 7 tonnes pour une berline compacte, acier, aluminium, plastiques et assemblage compris. On y ajoute la batterie :

  • 3 tonnes pour un pack de 60 kWh, soit environ 50 kgCO₂e par kWh de capacité. Total : 8 tonnes, soit 32 g/km.
  • 7 tonnes pour un pack de 90 kWh de SUV fabriqué en Chine, soit environ 78 kgCO₂e par kWh. Le surcoût vient de deux choses à la fois : le pack est une fois et demie plus gros, et il est produit sur un réseau électrique très charbonné. Total : 12 tonnes, soit 48 g/km.
  • 6 tonnes pour une thermique, soit 24 g/km : pas de batterie, mais un moteur, une boîte de vitesses et une ligne d'échappement en plus.

C'est exactement le point des gros modèles chinois type BYD à très grosse batterie : leur empreinte de fabrication est élevée deux fois, parce que la batterie est grande et parce qu'elle est faite là où l'électricité est la plus carbonée. Le détail modèle par modèle est dans la comparaison des voitures électriques.

Autocar. Le calcul part du gazole réellement brûlé, pas d'un facteur tout fait. Les consommations viennent de conducteurs d'autocar interrogés directement : 25 L/100 km pour un car neuf, environ 32 L/100 km pour un car courant, jusqu'à 40 L/100 km pour les plus anciens. Le car est pris à 55 places, celles d'un autocar de tourisme de 12 mètres, avec un remplissage réglable posé par défaut à 80 % ; FlixBus annonçait de son côté un remplissage moyen de l'ordre de 65 à 70 % sur son réseau français avant 2020. Gazole à 2,68 kgCO₂ par litre à la combustion et 0,48 kg d'amont, facteurs ADEME. À titre de repère, l'ADEME publie 30 gCO₂e par voyageur-kilomètre pour un autocar longue distance.

👉 Pour comparer ces chiffres à d'autres gestes du quotidien, voir les ordres de grandeur du CO₂. Pour le classement complet des modes de transport et les données du SDES, voir la page data Données sur le transport. Et pour aller au bout du sujet aérien, voir L'empreinte carbone du luxe.