🌍 Déclic Climatique
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🙅 « Les autres d'abord » : les riches, la Chine, et moi qui n'y peux rien

Le grand renvoi de responsabilité, et pourquoi il ne dispense personne

C'est sans doute la phrase la plus fréquente dès qu'on parle de climat, et elle se décline en trois versions. Elles ont l'air différentes, mais c'est le même mouvement : se comparer à plus gros que soi, et en conclure qu'on est dispensé.

🛩️

« Les riches d'abord »

« Un milliardaire pollue en un vol ce que j'émets en un an. Qu'ils commencent, eux. »

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« La Chine et les États-Unis d'abord »

« La France, c'est 1 % des émissions. Tant qu'eux ne bougent pas, ça ne sert à rien. »

🤷

« Moi, je ne suis rien »

« Je suis un petit consommateur. Mes gestes ne pèsent rien à l'échelle de la planète. »

✅ Commençons par ce qui est vrai, parce que c'est beaucoup

Il n'y a aucune raison de nier ces faits, ils sont documentés et ils sont massifs :

  • Oui, l'empreinte carbone dépend d'abord du revenu. En France, les 10 % qui émettent le plus pèsent 25 % de l'empreinte nationale, cinq fois plus que les 10 % du bas. Le détail chiffré est dans « La même empreinte selon qu'on est riche ou pauvre ? » .
  • Oui, l'avion est un marqueur social. Environ deux Français sur trois ne prennent pas l'avion dans l'année, tandis que 20 % des voyageurs concentrent près de 90 % des kilomètres parcourus. Les chiffres sont dans « L'avion et les revenus » .
  • Oui, le haut de l'échelle change d'univers. Le jet privé d'un milliardaire émet en un an ce qu'émettent 200 Français, son yacht ce qu'émettent 600 Français. Classe affaires, jets, yachts : tout est détaillé dans « L'empreinte carbone du luxe » .
  • Oui, la Chine et les États-Unis émettent bien plus que nous en valeur absolue : 32 % et 13 % des émissions mondiales, contre moins de 1 % pour la France.

Tout cela est exact. Et pourtant, aucune de ces trois phrases ne dispense qui que ce soit. Voici pourquoi.

🧮 Réponse 1 : même en supprimant les riches, le compte n'y est pas

C'est le calcul le plus utile de tout ce site, parce qu'il ne repose sur aucune opinion. Faisons l'expérience de pensée jusqu'au bout : supprimons intégralement l'empreinte des 10 % qui émettent le plus en France. Pas la réduire : la ramener à zéro.

8,5 t

Empreinte moyenne aujourd'hui

≈ 7 t

Empreinte moyenne des 90 % restants, une fois les 10 % du haut ramenés à zéro

2 t

La cible compatible avec +2 °C

Les 10 % du haut concentrent 25 % de l'empreinte : en les effaçant, il reste 75 % du total répartis sur 90 % de la population, soit encore environ 7 tonnes par personne. Toujours trois fois et demie au-dessus de la cible. La conclusion est mécanique : supprimer le luxe carboné est nécessaire, mais ne suffit pas. Les jets et les yachts concernent quelques milliers de personnes ; la classe moyenne, elle, se compte en dizaines de millions, et c'est ce facteur d'échelle qui fait tout.

🌍 Réponse 2 : à l'échelle du monde, le « riche », c'est nous

Voilà le point qui dérange. Un Français moyen émet environ 9,9 tCO₂e par an, soit quatre fois un Indien et un peu plus qu'un Chinois. Vu depuis Delhi ou Nairobi, la personne qui a une voiture, qui part en vacances en avion et qui chauffe 90 m², c'est le riche de l'histoire. Un Français de la classe moyenne fait partie des 10 % les plus émetteurs de la planète, ceux qui, selon Oxfam, sont responsables de la moitié des émissions mondiales.

Les chiffres par personne et par pays, ainsi que les émissions cumulées depuis 1750, sont juste au-dessus, dans la section « La France, c'est que 1 % des émissions de CO₂ » .

Autrement dit : l'argument « que les riches commencent » fonctionne parfaitement… quand c'est un Indien qui nous l'adresse.

🔄 Réponse 3 : c'est une échelle mobile, et elle ne s'arrête jamais

Le vrai problème de cet argument n'est pas qu'il soit faux, c'est qu'il est universellement disponible. Chacun trouve toujours plus gros que soi :

1Le particulier attend que les entreprises et l'État commencent.
2La classe moyenne attend que les riches commencent.
3Les riches expliquent qu'ils ne sont que quelques milliers.
4La France attend que la Chine commence.
5La Chine rappelle qu'elle émet moins par habitant que les États-Unis.
6Les États-Unis expliquent que la Chine émet plus en valeur absolue.

Le résultat est parfaitement circulaire : tout le monde a une bonne raison d'attendre, donc personne ne commence. C'est exactement la version individuelle de ce qui est décrit juste en dessous dans « Le triangle de l'inaction » . Et pendant que la balle circule, la concentration de CO₂ monte.

💪 « Mais moi, concrètement, je pèse quoi ? »

Beaucoup plus que tu ne crois, à trois conditions.

1. Viser les gros postes, pas les gestes symboliques. Passer de 10 à 5 tonnes ne demande pas cent petits efforts : cela se joue sur quatre décisions, l'avion, la voiture thermique, le chauffage fossile et la viande. Les simulateurs et les chiffres poste par poste sont dans « Devenir écoyolo ».

2. Voter, parce que c'est le levier le plus rentable de tous. Aucun effort individuel ne remplacera des lois qui rendent la transition finançable et juste, y compris la fiscalité qui s'applique justement au haut de l'échelle. C'est l'objet de la page « Voter pour les bons politiques ».

3. Ne pas confondre « en même temps » et « à la place de ». Réduire son empreinte n'est pas une absolution accordée aux jets privés, et dénoncer les jets privés n'est pas un permis de reprendre l'avion quatre fois par an. Les deux combats se mènent ensemble, et ceux qui les opposent, en général, ne mènent ni l'un ni l'autre.

💡 Le raccourci à retenir : « je ne suis qu'une goutte d'eau » est vrai de chaque goutte. C'est quand même ce qui fait l'océan.