🌍 Déclic Climatique
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📊 Data

⚡ Les ordres de grandeur de l'énergie et de la puissance

Le débat sur l'énergie est saturé d'unités : des watts, des kilowattheures, des mégawatts, des térawattheures, des tonnes équivalent pétrole. Impossible de se faire une opinion si on ne sait pas ce que ces chiffres pèsent les uns par rapport aux autres. Voici donc deux échelles, du plus petit au plus grand, avec deux références communes : le kilowatt pour les puissances et le kilowattheure pour les énergies. Puis un troisième volet sur la densité énergétique, c'est-à-dire ce qu'il faut mobiliser d'air, d'eau, de gaz, de charbon ou d'uranium pour fabriquer un seul de ces kilowattheures. Et enfin un quatrième, consacré à la seule puissance dont nous ayons l'expérience directe : la nôtre.

💡 Puissance et énergie ne sont pas la même chose. La puissance (en watts) est un débit, comme le robinet qui coule. L'énergie (en wattheures) est un volume, l'eau accumulée dans la baignoire. On passe de l'une à l'autre en multipliant par une durée : énergie = puissance × temps. Un radiateur de 2 kW allumé 3 heures consomme 6 kWh. C'est toute la physique dont vous avez besoin pour lire les quatre volets ci-dessous.

🔌 Les puissances, du watt au gigawatt

Vingt repères sur une seule échelle, de la box en veille à la France entière un soir d'hiver

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Classées par ordre croissant. La dernière colonne donne la même valeur en kilowatts, en écriture scientifique, pour comparer d'un coup d'œil des objets qui n'ont rien à voir.

ExempleUnité usuelleEn kW
💡 Une LED d'ambiance, une box en veille
Le plus petit ordre de grandeur qu'on croise à la maison.
1 W1 × 10⁻³
📱 Un chargeur de smartphone
10 W pour un vieux chargeur, jusqu'à 50 W pour un modèle à charge rapide. Recharger un téléphone tous les jours pendant un an coûte moins d'un euro d'électricité.
10 à 50 W3 × 10⁻²
🧠 Un corps humain au repos
Notre métabolisme dissipe en permanence autant de chaleur qu'une vieille ampoule.
100 W1 × 10⁻¹
🚴 Un cycliste qui pédale tranquillement
C'est ce qu'un adulte non entraîné tient sur une heure, sans forcer.
100 à 150 W1,2 × 10⁻¹
🏆 Un cycliste professionnel
400 W tenus pendant une heure de contre-la-montre, et plus de 1 500 W sur un sprint de quelques secondes.
400 W4 × 10⁻¹
🐴 Un cheval-vapeur
Unité définie au 19ᵉ siècle pour vendre des machines à vapeur : lever 75 kg d'un mètre en une seconde. Un vrai cheval fait un peu moins bien.
736 W7,36 × 10⁻¹
🫖 Une bouilloire, un sèche-cheveux, un aspirateur
La famille du kilowatt : tout ce qui chauffe ou aspire fort, mais peu de temps.
1 à 2 kW1 × 10⁰
🍕 Un four électrique, un radiateur
Deux fois un cheval-vapeur et demi, dans une prise de courant ordinaire.
2,5 kW2,5 × 10⁰
🏡 L'abonnement électrique d'un logement
Les 6 à 9 kVA de votre compteur : le maximum que vous pouvez tirer en même temps avant que ça disjoncte.
6 à 9 kW9 × 10⁰
🌿 Une tondeuse autoportée, un motoculteur
Environ 14 chevaux : un moteur thermique de jardin, c'est déjà dix fois un four électrique.
10 kW (≈ 14 ch)1 × 10¹
🚗 Une voiture
136 chevaux, une valeur très banale, alors qu'il en faut moins de 20 pour rouler à 90 km/h sur le plat.
100 kW (136 ch)1 × 10²
🔌 Une borne de recharge rapide
De 150 kW à 500 kW pour les plus puissantes, soit environ 10 000 fois un chargeur de smartphone : c'est une centaine de bouilloires branchées sur un seul câble, pour reprendre 300 km d'autonomie en un quart d'heure.
150 à 500 kW3 × 10²
🌬️ Une éolienne terrestre
1 MW pour une machine ancienne, 3 à 4 MW pour les récentes, et seulement quand le vent est au rendez-vous.
1 MW1 × 10³
🚇 Une rame de métro en accélération
Toute la difficulté du ferroviaire urbain : des appels de puissance brefs, mais répétés toute la journée.
3 MW3 × 10³
🛒 Un très grand centre commercial
150 000 m² à environ 300 kWh/m² par an, soit 5 MW en moyenne et une dizaine de MW en pointe.
5 à 10 MW5 × 10³
🚄 Un TGV lancé à 300 km/h
Environ 13 600 chevaux, pour transporter jusqu'à 1 000 personnes à la fois.
10 MW (≈ 13 600 ch)1 × 10⁴
🎢 Disneyland Paris
210 GWh d'électricité par an, soit 25 MW en moyenne sur l'année et de l'ordre de 50 MW aux heures de pointe. Un parc entier, ce sont donc quelques dizaines de MW, pas une centrale.
≈ 25 MW en moyenne2,5 × 10⁴
✈️ Un réacteur de Boeing 777 au décollage
Environ 136 000 chevaux dans un seul moteur, et l'avion en a deux. C'est le plus gros moteur du transport de personnes.
≈ 100 MW (≈ 136 000 ch)1 × 10⁵
☢️ Un réacteur nucléaire
De 900 MW pour les plus anciens à 1 600 MW pour l'EPR. Un réacteur de 1 GW fournit l'électricité d'environ un million de personnes.
0,9 à 1,6 GW1 × 10⁶
La France entière un soir d'hiver
La pointe de consommation nationale, vers 19 h par grand froid : l'équivalent d'une centaine de réacteurs qui tournent en même temps.
80 à 100 GW1 × 10⁸

Ce qu'on voit d'emblée : entre le cycliste et le réacteur nucléaire, il y a un facteur dix millions. Et entre le cycliste professionnel et la simple bouilloire de la cuisine, il y a déjà un facteur trois. Une machine banale de notre quotidien remplace sans effort plusieurs athlètes, et c'est exactement pour cela que nous avons construit un monde qui carbure à l'énergie bon marché.

🔋 Les énergies, du joule au térawattheure

De la pomme qu'on soulève d'un mètre aux 1 550 TWh consommés par la France en un an

Déplier

Même principe, avec le kilowattheure comme référence. On part de l'énergie qu'il faut pour soulever une pomme, et on finit avec celle que consomme un pays de 68 millions d'habitants.

ExempleUnité usuelleEn kWh
🍏 1 joule
L'unité de base : de quoi soulever une pomme de 100 g d'un mètre de haut.
1 J2,8 × 10⁻⁷
💧 1 calorie
Par définition, l'énergie qui réchauffe 1 gramme d'eau de 1 °C. Soit 4,18 joules.
1 cal = 4,18 J1,2 × 10⁻⁶
💡 1 wattheure
Une ampoule de 1 W allumée pendant 1 heure. C'est la formule de base : une puissance multipliée par une durée.
1 Wh1 × 10⁻³
🍽️ 1 kilocalorie, la « calorie » des étiquettes
1 000 calories, soit l'énergie qui chauffe 1 litre d'eau de 1 °C. Une journée d'alimentation à 2 000 kcal, c'est 2,3 kWh : de quoi porter 25 litres d'eau de 15 à 95 °C.
1 kcal = 1,16 Wh1,16 × 10⁻³
🔋 1 kilowattheure, la référence
Un radiateur de 1 kW pendant 1 heure. C'est aussi une machine à laver à 60 °C, un cycle de lave-vaisselle, une heure de climatisation, ou 40 heures de ventilateur.
1 kWh1 × 10⁰
1 litre d'essence
Neuf kilowattheures dans un litre, pour environ 1,80 € : c'est la densité d'énergie qui a rendu le pétrole irremplaçable. Dans une voiture thermique, seul un quart finit en mouvement.
≈ 9 kWh9 × 10⁰
🏠 10 kWh
Le chauffage d'un appartement de 40 m² par jour de plein hiver. C'est aussi 100 km parcourus en ville par une voiture électrique, et à peu près l'énergie contenue dans un litre d'essence.
10 kWh1 × 10¹
1 mégawattheure
L'électricité annuelle d'un petit studio hors chauffage. C'est aussi une heure de production d'une éolienne terrestre à pleine puissance, ou une heure de traction d'une rame de métro.
1 MWh1 × 10³
🏡 10 mégawattheures
L'électricité d'une maison sur une année entière, chauffage électrique compris.
10 MWh1 × 10⁴
🏢 1 gigawattheure
Un immeuble de bureaux de 10 000 m² sur un an, à environ 100 kWh par m² et par an.
1 GWh1 × 10⁶
✈️ Un vol Paris-Bali en Boeing 777
12 300 km et 15 heures de vol brûlent environ 110 tonnes de kérosène, soit 137 000 litres et 113 tep. Divisé par 350 passagers, cela fait tout de même 3,7 MWh chacun, l'équivalent d'un tiers de la consommation électrique annuelle d'une maison.
≈ 1 300 MWh (113 tep)1,3 × 10⁶
🏭 100 gigawattheures
La consommation annuelle d'une grosse usine : papeterie, cimenterie, site chimique.
100 GWh1 × 10⁸
🎢 Disneyland Paris sur un an
210 GWh d'électricité, dont 36 GWh produits par les ombrières photovoltaïques de ses parkings, la plus grande installation de ce type en Europe.
210 GWh2,1 × 10⁸
🏙️ 1 térawattheure
L'électricité consommée en un an par une ville d'environ 150 000 habitants, tous usages confondus. C'est aussi l'ordre de grandeur d'une très grosse usine électro-intensive.
1 TWh1 × 10⁹
☢️ La centrale de Civaux en un an
Deux réacteurs de 1 495 MW ont produit 19,2 TWh en 2025, soit 5 % du nucléaire français : l'électricité d'environ trois millions de personnes, avec deux machines.
19,2 TWh1,92 × 10¹⁰
🔌 Toute l'électricité consommée en France
451 TWh en 2025, une consommation stable, produite à plus de 95 % sans carbone.
451 TWh4,51 × 10¹¹
🛢️ Toute l'énergie finale consommée en France
1 550 TWh en 2024, soit trois fois et demie l'électricité seule. Le reste, c'est très majoritairement du fossile brûlé directement.
1 550 TWh1,55 × 10¹²

🧊 La densité énergétique, ou ce qu'il faut pour un seul kWh

210 000 m³ d'air, 820 litres d'eau, 320 g de charbon ou 3 mg d'uranium : le même kilowattheure, six fois

Déplier

Un kilowattheure est un kilowattheure : il fait tourner la même machine à laver, quelle que soit son origine. Mais ce qu'il faut mobiliser pour le fabriquer, matière brûlée ou flux traversé, varie d'un facteur qui dépasse le million de milliards. C'est la notion de densité énergétique, et c'est elle qui explique la taille des machines de chaque filière.

Tous les calculs sont détaillés dans les cartes, avec des hypothèses choisies plutôt favorables à chaque filière pour ne caricaturer personne.

60 m

🌬️ Éolien, du vent à 30 km/h

210 000 m³ d'air

pour 1 kWh électrique

Un cube de 60 m de côté, soit 260 tonnes d'air qui doivent traverser le rotor.

  • L'air pèse 1,2 kg par m³. À 30 km/h, c'est-à-dire 8,3 m/s, chaque mètre cube transporte ½ × 1,2 × 8,3² ≈ 42 joules d'énergie cinétique.
  • Une éolienne ne peut pas tout prendre : la limite de Betz interdit de dépasser 59 %, et une machine réelle plafonne vers 40 % une fois comptés le rotor, la transmission et la génératrice. Il reste 17 J par m³.
  • Un kWh vaut 3 600 000 joules : il faut donc faire passer 3 600 000 / 17 ≈ 210 000 m³ d'air.
  • Vérification par la machine : un rotor de 120 m balaie 11 300 m². À 8,3 m/s il voit passer 340 millions de m³ par heure et sort 1,6 MW, soit très exactement 210 000 m³ par kWh.
820 litres500 m

💧 Hydraulique, 500 m de chute

820 litres d'eau

pour 1 kWh électrique

Quatre baignoires pleines, lâchées dans la conduite forcée.

  • Un mètre cube d'eau, soit 1 000 kg, qui tombe de 500 m libère m × g × h = 1 000 × 9,81 × 500 = 4,9 millions de joules, c'est-à-dire 1,36 kWh.
  • Une turbine Pelton et sa génératrice sont les machines les plus efficaces jamais construites : environ 90 % de rendement. Il reste 1,22 kWh par mètre cube.
  • Pour 1 kWh : 1 / 1,22 = 0,82 m³, soit 820 litres.
  • C'est 250 000 fois moins de volume que pour l'éolien, parce que l'eau est 800 fois plus dense que l'air et que 500 m de chute valent bien plus que 30 km/h de vent.
6 m²

☀️ Solaire, un midi d'été en France

6 m² de panneaux

pendant 1 heure, pour 1 kWh électrique

Trois modules standards, la moitié d'une place de parking, mais seulement au meilleur moment de l'année.

  • Un midi d'été par ciel dégagé, un panneau bien orienté reçoit environ 950 W par mètre carré.
  • Un module moderne en convertit 21 %. Mais il chauffe : vers 60 °C il perd encore 11 %, et l'onduleur et les câbles reprennent 8 %.
  • Il reste environ 163 W par m² : il faut donc 6 m² pour tenir 1 000 W, donc 1 kWh en une heure.
  • Le piège à éviter : ces mêmes 6 m² produisent environ 1 500 kWh sur une année entière, soit 4 kWh par jour en moyenne. Le kWh par heure, c'est la pointe de midi en juin, pas le quotidien.
165 L

🔥 Gaz naturel

90 litres de gaz

pour 1 kWh de chaleur

165 litres

pour 1 kWh d'électricité

Le volume d'un petit réfrigérateur pour la chaleur, d'un grand pour l'électricité, à la pression atmosphérique.

  • Le gaz livré en France vaut environ 11,2 kWh par m³ : c'est le coefficient de conversion imprimé sur votre facture, qui transforme les m³ du compteur en kWh facturés.
  • Chaleur : une chaudière à condensation en récupère environ 96 %. 1 / (11,2 × 0,96) = 0,09 m³, soit 90 litres.
  • Électricité : la meilleure centrale à cycle combiné plafonne à 60 % sur PCI, soit 54 % sur PCS. 1 / (11,2 × 0,54) = 0,165 m³, soit 165 litres.
  • Faire de l'électricité avec du gaz coûte donc presque deux fois plus de gaz que faire de la chaleur. C'est tout l'argument de la pompe à chaleur : avec 1 kWh d'électricité elle rend 3 kWh de chaleur.
320 g, soit 0,4 litre

🪨 Charbon

320 g de charbon

pour 1 kWh électrique

Une grosse poignée, le volume d'une canette. Et 800 g de CO₂ dans l'atmosphère.

  • Une houille de bonne qualité contient environ 8,1 kWh par kilo.
  • Une centrale au charbon moderne en convertit 38 % en électricité : 1 / (8,1 × 0,38) = 0,32 kg.
  • Le charbon en vrac pèse environ 850 kg par m³ : ces 320 g occupent 0,38 litre.
  • Contrôle de cohérence : 320 g de charbon libèrent environ 800 g de CO₂, et on retrouve bien les 820 gCO₂ par kWh qui font du charbon la pire source d'électricité.
8 mm13,5 mm7 grammes

☢️ Uranium

3 mg d'uranium

pour 1 kWh électrique

Un huitième de grain de riz, un grain de sable en volume. Cent mille fois moins de matière que le charbon.

  • Une pastille de 7 g fournit environ 2 300 kWh d'électricité : le détail du calcul est juste en dessous.
  • Il suffit donc de diviser : 7 g / 2 300 = 0,003 g, soit 3 milligrammes.
  • En volume, la céramique d'oxyde d'uranium pèse 11 g par cm³ : ces 3 mg occupent 0,3 mm³, l'équivalent d'un grain de sable.
  • C'est toute la particularité du nucléaire : la matière n'est plus un sujet logistique. Un réacteur se recharge tous les 12 à 18 mois, une centrale au charbon reçoit un train par jour.

📏 Le même kWh électrique, cinq fois

Classé du plus encombrant au plus compact. Le solaire est absent de ce tableau parce qu'il ne consomme pas un volume mais occupe une surface : 6 m² pendant une heure, au meilleur moment de l'année.

SourcePour 1 kWh électriqueSoit
🌬️ Éolien, vent à 30 km/h210 000 m³ d'air (260 t)un cube de 60 m de côté
💧 Hydraulique, 500 m de chute0,82 m³ d'eau (820 kg)quatre baignoires
🔥 Gaz, cycle combiné0,165 m³ de gaz (0,12 kg)un grand réfrigérateur
🪨 Charbon, centrale à 38 %0,0004 m³ de charbon (320 g)une canette
☢️ Uranium, réacteur à 35 %0,0000000003 m³ (3 mg)un grain de sable
⚠️ Ce tableau ne dit pas quelle énergie est la meilleure. Il compare ce qu'il faut mobiliser au point de production, pas ce que coûte l'installation autour. Et surtout, les 260 tonnes d'air ou les 820 litres d'eau ne sont ni consommés ni transportés : ils ressortent intacts, juste un peu ralentis ou un peu plus bas. Le gaz, le charbon et l'uranium, eux, sont extraits d'une mine, transportés, puis détruits ou transformés en déchets. Ce que la densité énergétique explique bien, en revanche, c'est la taille des machines : il faut un rotor de 120 m de diamètre pour capter un flux d'air très dilué, quand un cœur nucléaire de 110 tonnes tient dans une cuve de 4 m de diamètre.

☢️ Le cas extrême : la pastille d'uranium de 7 grammes

C'est l'objet le plus dense en énergie que l'industrie fabrique en série : un petit cylindre de céramique noire de 8 mm de diamètre et 13,5 mm de haut, qui tient dans le creux de la main et pèse 7 grammes. Faisons le calcul de bout en bout.

Le calcul

  • • La pastille est en oxyde d'uranium UO₂, fait de 88 % d'uranium et de 12 % d'oxygène : 7 g de pastille contiennent 6,2 g d'uranium.
  • • Le combustible du parc français est déchargé à un taux de combustion de l'ordre de 45 gigawatts-jours par tonne d'uranium, soit 1,08 MWh de chaleur par gramme.
  • • 6,2 g × 1,08 MWh, cela fait environ 6 700 kWh de chaleur.
  • • Le circuit vapeur d'un réacteur en convertit 35 % en électricité : il reste environ 2 300 kWh d'électricité.

≈ 6 700 kWh

de chaleur, soit le chauffage annuel d'un appartement de 70 m²

≈ 2 300 kWh

d'électricité, soit un an de consommation domestique d'un Français hors chauffage, ou 13 000 km en voiture électrique

Reste à traduire ces 6 700 kWh de chaleur dans les deux combustibles que tout le monde connaît. À 9 kWh par litre pour l'essence et 8,1 kWh par kilo pour le charbon, le résultat est celui-ci.

1 pastille7 g, vue à la loupe740 litres d'essencequinze pleins de voiture820 kg de charbonprès d'un mètre cube

Les proportions du dessin ne sont évidemment pas respectées : la pastille occupe 0,7 cm³, les 740 litres d'essence en occupent un million de fois plus, et les 820 kg de charbon font presque un mètre cube. C'est bien pour cela que la pastille est dessinée à la loupe.

🧱 De la pastille au cœur : combien y en a-t-il vraiment ?

Une pastille toute seule ne sert à rien. Elle est empilée par centaines dans un tube en alliage de zirconium de 4 mètres, le crayon. Les crayons sont réunis en réseau 17 × 17 dans un assemblage. Et les assemblages sont rangés côte à côte dans la cuve pour former le cœur.

1 crayon

270 à 320 pastilles

un tube de zirconium de 4 m, scellé par soudure ; les pastilles y sont empilées bout à bout

1 assemblage

264 crayons

soit 72 000 pastilles et 450 kg d'uranium sur un réacteur 900 MW, 83 000 pastilles et 520 kg sur un N4

1 cœur de N4

205 assemblages

soit 17 millions de pastilles et 110 tonnes d'uranium, comme à Civaux

Le nombre d'assemblages est ce qui distingue les paliers du parc français : c'est lui, avec la longueur des crayons, qui fixe la puissance du réacteur.

PalierParc françaisAssemblagesPastillesUranium
900 MW (CP0, CP1, CP2)32 réacteurs157≈ 11 millions≈ 72 t
1 300 MW (P4, P'4)20 réacteurs193≈ 16 millions≈ 104 t
N4, 1 450 MW (Chooz B, Civaux)4 réacteurs205≈ 17 millions≈ 110 t
EPR, 1 650 MW (Flamanville 3)1 réacteur241≈ 20 millions≈ 128 t

Terminons par le chiffre qui boucle toute la section. Les 17 millions de pastilles d'un cœur de Civaux pèsent 110 tonnes et produiront, sur les quatre ans et demi que dure leur séjour dans la cuve, environ 40 térawattheures d'électricité, soit un peu plus de quatre ans de production du réacteur. Et toute cette céramique, mise bout à bout, ne représente que 12 m³ : le volume d'une petite chambre.

Pour voir ce que devient cette pastille avant et après le réacteur, de la mine kazakhe au colis de déchets vitrifiés, voir la page sur le cycle du combustible nucléaire.
Voir les hypothèses de calcul de cette section

Éolien : masse volumique de l'air 1,225 kg/m³ à 15 °C au niveau de la mer, vent de 8,33 m/s, coefficient de puissance global de 0,40 (rotor, multiplicateur et génératrice compris ; la limite de Betz est à 0,593). Rotor de 120 m de diamètre pour la vérification.

Hydraulique : g = 9,81 m/s², chute nette de 500 m, rendement global de 90 % pour une turbine Pelton et sa génératrice. Les pertes de charge dans la conduite sont considérées comme déjà déduites de la chute nette.

Solaire : irradiance de 950 W/m² dans le plan des modules, un midi d'été par ciel dégagé en France métropolitaine. Module de 21 % de rendement, perte de 11 % liée à la température de cellule (environ 60 °C, coefficient de -0,35 % par °C), 8 % de pertes onduleur, câblage et salissures. Production annuelle de 1 200 kWh par kWc, moyenne française.

Gaz : 11,2 kWh par m³ en pouvoir calorifique supérieur, valeur courante des réseaux français. Chaudière à condensation à 96 % sur PCS, cycle combiné à 60 % sur PCI soit 54 % sur PCS.

Charbon : houille à 8,1 kWh par kg en pouvoir calorifique inférieur (29,3 MJ/kg, valeur de référence de l'AIE), densité en vrac de 850 kg/m³, rendement de centrale de 38 %, facteur d'émission de 2,4 kg de CO₂ par kg de charbon.

Uranium : pastille d'UO₂ de 7 g contenant 6,2 g d'uranium (rapport des masses molaires 238 / 270), taux de combustion moyen au déchargement de 45 GWj par tonne, rendement thermodynamique du réacteur de 35 %. La page sur le cycle du combustible mène le même calcul avec 33 % et trouve environ 2 000 kWh par pastille : c'est bien le même ordre de grandeur, seule l'hypothèse de rendement change.

Assemblages : réseau 17 × 17, 264 crayons combustibles et 25 tubes guides et d'instrumentation. Colonne fissile de 3,66 m sur les réacteurs 900 MW (272 pastilles par crayon) et de 4,27 m sur les paliers 1 300 MW, N4 et EPR (environ 316 pastilles par crayon). Nombre d'assemblages par cœur : 157, 193, 205 et 241 selon le palier.

🧍 La puissance d'un homme, et celle de ses esclaves énergétiques

120 W de chaleur en continu, 1 000 W en pointe pendant deux secondes, 440 W brûlés dans une montée en randonnée dont les trois quarts partent en chaleur, 100 W qui suffisent à vélo, et 200 machines invisibles qui travaillent pour vous

Déplier

Le tableau des puissances place le corps humain à 100 W, quelque part entre la LED et la bouilloire. C'est le repère le plus utile de toute la page, parce que c'est le seul dont nous ayons l'expérience directe. Reste à savoir d'où sortent ces watts, par où ils s'échappent, ce que nous savons faire en pointe, et pourquoi une simple prise de courant vaut plusieurs centaines d'êtres humains au travail.

1. Un corps, c'est 120 W de chauffage permanent

Tout ce que nous mangeons finit en chaleur : c'est le premier principe de la thermodynamique appliqué à l'assiette. Une ration de 2 500 kcal par jour représente 10,5 millions de joules étalés sur 86 400 secondes, soit 121 W dissipés en permanence. Un être humain est donc un radiateur qu'on n'éteint jamais. Mais cette chaleur sort par deux portes très différentes, et c'est là toute la subtilité.

Chaleur sensible
≈ 60 W

La chaleur sèche, celle que voit le thermomètre. Elle quitte la peau et les vêtements, à environ 28 °C en surface, par rayonnement et par convection vers l'air de la pièce. C'est elle qui fait monter la température d'une salle pleine de monde.

Chaleur latente
≈ 60 W

La chaleur cachée dans la vapeur d'eau, que le thermomètre ne voit pas. Elle part avec l'eau que nous évaporons, par les poumons et par la peau. C'est elle qui embue les vitres et qui épuise les climatiseurs.

La part latente est la plus contre-intuitive des deux, alors calculons-la vraiment, en partant du volume d'eau que nous expirons.

Étape du calculValeur retenue
Volume d'air respiré0,5 litre par inspiration × 15 par minute, soit 7,5 L/min et environ 10 m³ par jour
Eau contenue dans l'air inspiréà 20 °C et 50 % d'humidité : 8,7 g par m³
Eau contenue dans l'air expiréà 35 °C et saturé à 100 % : 40 g par m³
Eau ajoutée par les poumonsenviron 31 g par m³, soit 0,33 litre par jour
Chaleur emportée par cette vapeur0,33 kg × 2 430 kJ/kg = 800 kJ par jour, soit 9 W

La respiration seule ne pèse donc que 9 W. Il faut y ajouter la perspiration insensible, cette eau qui traverse la peau sans qu'on transpire, environ 0,5 litre par jour, soit 14 W de plus. Au repos complet dans une pièce fraîche, un corps est donc plutôt à 95 W sensibles et 25 W latents.

🔑 La clé : le total ne bouge pas, c'est le partage qui bascule. Le métabolisme fixe les 120 W, mais c'est l'ambiance qui décide par quelle porte ils sortent. Dès qu'il fait chaud, ou que l'on bouge un peu, la voie sèche se bouche (l'écart de température avec l'air se réduit) et le corps ouvre en grand la voie humide : il transpire. Passer à 60 W de latent, c'est évaporer 89 grammes d'eau par heure, soit 2,1 litres par jour. D'où le repère classique du génie climatique, celui des deux cases ci-dessus : 60 W sensibles + 60 W latents pour une personne en activité normale. Et d'où le fait qu'une canicule humide soit bien plus dangereuse qu'une canicule sèche : quand l'air est déjà saturé, la seconde porte se ferme aussi, et il ne reste plus aucune issue pour les 120 W.

Une salle de classe de 30 personnes, c'est donc 3,6 kW de chauffage gratuit (plus qu'un gros radiateur) et 2,7 litres d'eau injectés dans l'air chaque heure. C'est exactement pour cela qu'un bâtiment bien isolé et bien rempli n'a presque plus besoin de chauffage, mais a toujours besoin d'être ventilé.

2. En pointe, nos muscles sortent 1 000 W

Les 120 W précédents sont de la chaleur perdue. Le travail mécanique utile, lui, est tout autre chose : sur un effort très bref, un être humain en bonne condition, homme ou femme, sort de l'ordre de 1 000 W. Le meilleur moyen de s'en convaincre est de le chronométrer soi-même dans une cage d'escalier : monter un étage, c'est de la physique pure, sans frottement ni rendement discutable. L'énergie vaut masse × 9,81 × hauteur, et la puissance, c'est cette énergie divisée par le temps mis.

PersonneÉnergie pour monter 3 mTemps pour tenir 1 000 WVitesse verticale
60 kg60 × 9,81 × 3 = 1 766 J1,8 s1,7 m/s
80 kg80 × 9,81 × 3 = 2 354 J2,4 s1,3 m/s

Autrement dit : si vous pesez 60 kg et que vous avalez un étage en moins de 1,8 seconde, ou 80 kg en moins de 2,4 secondes, vous venez de produire plus de 1 000 W. La personne la plus lourde a droit à un peu plus de temps pour la même puissance, puisqu'elle hisse davantage d'énergie potentielle. En pratique il faut prendre les marches trois par trois, et la vraie puissance des muscles est même supérieure à ce chiffre, puisque le calcul ignore l'énergie dépensée à lancer les jambes et les bras.

1,36 ch

1 000 W, c'est plus qu'un cheval-vapeur (736 W). Pendant deux secondes, un humain bat l'unité inventée pour vendre des machines à vapeur.

4 000 W

La puissance métabolique qu'il faut brûler pour cela, le muscle ayant un rendement de 25 % environ. Soit 33 fois le métabolisme de base, en filière anaérobie : intenable au-delà de quelques secondes.

0,65 Wh

Le travail réellement produit par cette montée à 80 kg. Au tarif de l'électricité, cela vaut 0,013 centime d'euro.

3. En randonnée : 110 W utiles, 440 W avalés

L'escalier ne dure que deux secondes. Passons à un effort qu'on tient vraiment : une montée en randonnée. Voici mon cas, que j'ai chronométré : 400 mètres de dénivelé en une heure, sac au dos, pour un total de 100 kg (moi plus le sac). C'est un rythme soutenu mais banal pour un marcheur entraîné.

Stanislas Goubault en randonnée en montagne, sac au dos.
En montée, je développe plusieurs centaines de watts. Mais seulement un quart part dans le déplacement ; tout le reste sort en chaleur.
L'énergie potentielle de pesanteur

Monter, c'est stocker de l'énergie dans son propre corps, exactement comme on remonte l'eau d'un barrage. La formule est la même pour tout le monde :

E = m × g × z

avec m la masse en kg, g la pesanteur (9,81 m/s²) et z le dénivelé en mètres. Le résultat est en joules.

Énergie de la montée100 × 9,81 × 400 = 392 400 J, soit 392 kJ
Puissance mécanique392 400 J ÷ 3 600 s = 109 W
Rendement du muscleenviron 25 %, comme un moteur thermique
Puissance réellement brûlée109 ÷ 0,25 = 436 W
Chaleur perdue436 − 109 = 327 W, soit exactement 3 fois l'utile
🔥 Trois quarts de l'effort partent en pure chaleur. C'est le point le plus contre-intuitif de toute cette page. Sur les 436 W que je brûle en montant, seuls 109 W servent à me hisser ; les 327 W restants, soit le triple, ne font que me réchauffer. Un muscle est une machine thermique comme une autre : une voiture à essence a le même rendement, autour de 25 à 30 %, à ceci près qu'elle brûle du carburant fossile là où nous brûlons des calories. Et cela se vérifie : 436 W pendant une heure, cela fait 1 570 kJ, soit 375 kcal. Exactement ce qu'annonce une montre de sport pour une heure de montée. C'est aussi pour cela qu'on a chaud et qu'on transpire abondamment en randonnée, même par temps froid : il faut bien évacuer ces 327 W, et la voie humide du chapitre 1 s'ouvre en grand.

Reste à savoir ce que nous brûlons. Le principe est le même que dans n'importe quel moteur : une combustion. Nos aliments, sucres, graisses et protéines, sont des chaînes de carbone et d'hydrogène. L'oxygène que nous inspirons vient casser ces chaînes, et les deux produits qui en sortent sont toujours les mêmes : du CO₂ et de l'eau. Dans le cas du glucose, le carburant de base du muscle, cela s'écrit :

C₆H₁₂O₆ + 6 O₂ → 6 CO₂ + 6 H₂O + énergie

Un moteur à essence fait rigoureusement la même chose avec de l'octane. La boucle est bouclée avec le premier chapitre : le CO₂ que vous expirez et la vapeur d'eau qui emporte vos 60 W de chaleur latente sont, littéralement, les fumées d'échappement de votre petit-déjeuner. La seule différence avec la voiture, mais elle est décisive pour le climat, c'est que notre carbone vient de plantes qui l'avaient capté dans l'air quelques mois plus tôt, alors que celui du moteur dormait sous terre depuis des millions d'années.

4. À vélo : 100 W suffisent, et c'est tout le sujet

Une fois qu'on a ces repères en tête, le vélo devient fascinant. En pédalant tranquillement, on produit environ 100 W de puissance mécanique. En appuyant fort, on monte à 200 W, et un coureur professionnel tient 400 W sur une heure entière. Toute la vie cycliste tient donc dans une fourchette de 100 à 400 W, entre une vieille ampoule et un four électrique.

Mon vélo à assistance électrique O2feel, de marque française.
Mon vélo à assistance électrique O2feel, avec son moteur de 200 W.
Ce que fait vraiment l'assistance électrique

Le moteur de mon vélo fait 200 W. Il ne s'ajoute pas à mes jambes pour aller plus vite : la loi bride l'assistance à 25 km/h. Il vient effacer jusqu'à 200 W de ce que mes jambes auraient dû fournir.

En pleine montée, là où il faudrait produire 300 à 500 W et arriver en nage, je n'en fournis plus que 100 à 200. Ce n'est pas de la triche, c'est ce qui fait qu'on prend le vélo tous les jours au lieu de le regarder au garage.

Et maintenant la comparaison qui remet tout à sa place. Une voiture, en pleine accélération, délivre entre 20 000 et 200 000 W. Face au cycliste tranquille et ses 100 W, c'est un facteur 200 à 2 000. Pour déplacer, la plupart du temps, une seule personne de 70 kg. On mesure d'un coup à quel point le vélo est sobre : c'est le seul véhicule dont la puissance est du même ordre de grandeur que ce que le corps humain sait produire, au lieu de la dépasser d'un facteur mille. Tout le reste de mon argumentaire est dans ma conviction sur le vélo.

5. Le cheval : la même puissance, mais pendant des heures

Un cheval-vapeur vaut 736 W par définition, et nous venons de voir qu'un être humain dépasse cette valeur dans un escalier. Mais la comparaison s'arrête net, et c'est tout l'enseignement de ce chapitre : nous ne tenons ces 736 W que ponctuellement, dans un effort explosif de deux secondes qui laisse hors d'haleine. Un cheval de trait, lui, développe cette même puissance en continu, des heures durant, jour après jour, saison après saison. La puissance de pointe ne dit presque rien ; c'est l'endurance qui fait le travail.

2 secondes

La durée pendant laquelle un humain tient 736 W. Ensuite il s'effondre à 60 W, sa puissance vraiment soutenable.

8 heures

La durée pendant laquelle un cheval de trait tient ces mêmes 736 W, soit environ 5,9 kWh de travail mécanique dans sa journée.

× 12

Ce que vaut un cheval en hommes sur une journée de labeur. Le dicton paysan qui comptait un cheval pour une dizaine d'hommes ne se trompait pas.

Un cheval de trait attelé tire une voiture blanche sortie de la route, guidé par un homme, devant des spectateurs.
Un cheval de trait qui sort une voiture du fossé. La scène amuse parce qu'elle inverse l'ordre habituel des choses : d'un côté 136 chevaux sous le capot, incapables de remonter le talus parce que les roues patinent, de l'autre un seul cheval bien réel qui suffit à faire le travail parce que lui fonctionne encore.

Cette image dit l'essentiel de notre histoire énergétique. Avant les tracteurs et avant le pétrole, tout le travail lourd tournait déjà aux énergies renouvelables : des chevaux, des bœufs, des mules, des ânes, auxquels s'ajoutaient le vent des moulins et l'eau des rivières. Un animal de trait n'est rien d'autre qu'un convertisseur d'énergie solaire : la photosynthèse fabrique de l'herbe et de l'avoine, l'animal les transforme en travail mécanique. Labourer, herser, moissonner, débarder le bois, tirer les charrettes et les péniches : pendant des millénaires, cela s'est fait sans un gramme de carbone fossile.

🌾 Le prix de ce renouvelable : de la surface. Un cheval de trait mange une dizaine de kilos de fourrage et d'avoine par jour, ce qui mobilise l'équivalent de plusieurs hectares de cultures à l'année. Au début du XXᵉ siècle, de l'ordre du quart des terres arables servait uniquement à nourrir les animaux de trait, c'est-à-dire à produire le carburant de l'agriculture. Le pétrole a libéré ces terres d'un coup, et c'est une des raisons pour lesquelles nous nourrissons aujourd'hui huit milliards d'humains. Le débat sur la biomasse et les biocarburants est exactement le même, un siècle plus tard : l'énergie renouvelable issue du vivant est disponible, mais elle se paie en hectares.

Et le saut d'échelle qui a suivi donne le vertige. Un tracteur moderne de 100 kW, une machine tout à fait banale, remplace 136 chevaux de trait ou 1 700 hommes au travail. Un seul agriculteur, assis dans une cabine climatisée, dispose d'une puissance que même un seigneur féodal n'aurait pas pu réunir sur ses terres. C'est exactement ce que compte la notion qui suit.

6. Vos 200 esclaves énergétiques

Les 1 000 W ne durent que deux secondes. Sur une journée entière de travail physique, un être humain ne tient pas 1 000 W mais plutôt 60 W de travail mécanique, soit dix-sept fois moins. Une année complète de labeur, à 8 heures par jour et 220 jours par an, produit donc :

60 W × 8 h × 220 jours
≈ 100 kWh
une année entière de travail de force, soit 21 euros d'électricité au tarif réglementé

C'est la définition de l'esclave énergétique : le nombre de travailleurs qu'il faudrait employer à l'année pour remplacer les machines qui nous servent. Il suffit de diviser notre consommation par ces 100 kWh.

🙏 Le terme n'est pas de moi. Je l'emprunte à l'ingénieur Jean-Marc Jancovici, qui a trouvé là une très belle métaphore, et sans doute la plus efficace pour faire sentir ce que l'énergie fait réellement dans nos vies. Son idée : cette énergie, en majorité fossile, est notre esclave. Elle nous déplace, elle nous chauffe, elle laboure nos champs, elle lave notre linge et elle porte nos charges, sans le moindre effort de notre part. Nous avons aboli l'esclavage humain au moment précis où le charbon puis le pétrole nous offraient des serviteurs infatigables, dociles et bon marché. La métaphore a le mérite de rendre la suite très concrète : se passer des fossiles, ce n'est pas renoncer à un confort abstrait, c'est se demander qui, ou quoi, fera le travail de ces deux cents esclaves.
Électricité seule (451 TWh pour 68 millions d'habitants) (6 600 kWh par an)63 esclaves
Toute l'énergie finale (1 550 TWh, carburants et gaz compris) (22 800 kWh par an)216 esclaves

Chaque Français dispose donc en permanence de l'équivalent d'environ 200 personnes travaillant pour lui à temps plein, dont une soixantaine rien que pour l'usage électrique. Aucune aristocratie de l'histoire n'a jamais approché ce niveau de service, et cela nous coûte quelques milliers d'euros par an, sans même y penser.

🫖 Le test qui remet tout en place. Faire bouillir un litre d'eau demande 93 Wh. Avec vos jambes, à 80 kg et 0,65 Wh par étage, il vous faudrait monter 142 étages, soit 427 mètres de dénivelé, pour payer un seul thé. Votre bouilloire le fait en trois minutes pour deux centimes. C'est cet écart entre nos muscles et nos machines qui explique à peu près tout de notre mode de vie, et de son empreinte carbone.

Les 1 550 TWh français, en détail

Le dernier chiffre du tableau mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il contient tout l'enjeu de la transition. La consommation finale d'énergie de la France, c'est-à-dire ce qui est réellement livré aux logements, aux usines et aux véhicules, atteint 1 550 TWh en 2024. L'électricité n'en représente que le quart.

Par énergie

Produits pétroliers38 %
Électricité26 %
Gaz naturel20 %
Énergies renouvelables14 %
Chaleur vendue et charbon2 %

Par secteur

Transports513 TWh
Résidentiel460 TWh
Industrie285 TWh
Tertiaire237 TWh
Agriculture et pêche55 TWh

Autrement dit : décarboner la France, ce n'est pas seulement verdir les 451 TWh d'électricité, déjà décarbonés à plus de 95 %. C'est surtout s'attaquer aux quelque 900 TWh de pétrole et de gaz que nous brûlons chaque année dans nos voitures, nos chaudières et nos usines. Le sujet n'est pas de produire plus, il est de transférer des usages et d'en supprimer.

Les conversions à retenir

  • 1 kWh = 3,6 millions de joules = 860 kcal
  • 1 cheval-vapeur = 736 W, soit 0,736 kW
  • 1 tep (tonne équivalent pétrole) = 11 630 kWh, soit environ 1 160 litres d'essence
  • 1 GWh = 1 000 MWh = 1 million de kWh
  • 1 TWh = 1 milliard de kWh, soit une ville de 150 000 habitants pendant un an
Pour comparer non plus les énergies mais les émissions, voir les ordres de grandeur du CO₂. Et pour comprendre pourquoi la puissance appelée doit être équilibrée à chaque seconde sur le réseau, voir ma métaphore du cycliste et des 50 Hz.
Voir les sources et les hypothèses de calcul

Les valeurs des objets du quotidien sont des ordres de grandeur typiques, pas des mesures : un four, une voiture ou une éolienne couvrent toujours une plage de valeurs. L'objectif est de situer les puissances les unes par rapport aux autres, pas de décrire un modèle précis.

Vol Paris-Bali : 12 300 km, environ 15 heures de vol, consommation retenue d'environ 110 tonnes de kérosène pour un Boeing 777-300ER, converti à 43 MJ par kg et à une densité de 0,8 kg par litre, soit 137 000 litres et 1 300 MWh. La tonne équivalent pétrole vaut 11 630 kWh.

Réacteur d'avion : la puissance d'un réacteur de 777 au décollage est un ordre de grandeur, obtenu à partir de sa poussée et de sa consommation de carburant ; la valeur exacte dépend de la définition retenue (puissance propulsive ou puissance thermique du carburant brûlé).

Chaleur sensible et latente d'un corps : le partage 60 W / 60 W est le repère du génie climatique pour une personne en activité légère à modérée, dans la lignée des tables ASHRAE (95 W au repos assis, jusqu'à 190 W debout en mouvement). Il n'est pas universel : au repos complet dans une pièce fraîche, le partage est plutôt de 95 W sensibles pour 25 W latents, et en effort il bascule massivement vers le latent. Ce qui est fixe, c'est le total imposé par le métabolisme. La chaleur latente de vaporisation de l'eau est prise à 2 430 kJ/kg, sa valeur vers 30 °C, et non les 2 257 kJ/kg que l'on retient d'habitude : cette dernière est celle de l'eau qui bout à 100 °C, alors que la sueur et l'air expiré s'évaporent à température corporelle. Or l'enthalpie de vaporisation augmente quand la température baisse (2 501 kJ/kg à 0 °C, 2 454 à 20 °C, 2 418 à 35 °C). Retenir 2 257 au lieu de 2 430 ne changerait rien à l'ordre de grandeur : 8,4 W au lieu de 9,3 W. La ventilation au repos est prise à 7,5 L/min, et les teneurs en eau sont celles de l'air humide à saturation (17,3 g/m³ à 20 °C, 39,6 g/m³ à 35 °C).

Montée d'escalier et 1 000 W : énergie potentielle seule, m × g × h avec g = 9,81 m/s² et h = 3 m, sans tenir compte de l'énergie dépensée à mouvoir les membres ni du rendement musculaire. La puissance musculaire réelle est donc supérieure aux 1 000 W affichés. À titre de comparaison, les sprinteurs de haut niveau dépassent 1 500 W en pointe, et les meilleures athlètes féminines se situent au-delà de 1 000 W : la valeur retenue ici est atteignable par toute personne en bonne condition physique, quel que soit son sexe.

Randonnée et rendement musculaire : 100 kg au total (marcheur et sac), 400 m de dénivelé en une heure, énergie potentielle seule. Le travail horizontal de la marche n'est pas compté, si bien que la dépense réelle est un peu supérieure. Le rendement du muscle est pris à 25 %, valeur courante pour un effort d'endurance ; la littérature donne 20 à 30 % selon le sujet, l'intensité et le geste. Le contrôle par les calories conforte l'hypothèse : 436 W pendant une heure font 375 kcal, l'ordre de grandeur annoncé par les montres de sport pour une heure de montée.

Puissances à vélo : 100 W en pédalage tranquille, 200 W en appuyant, 400 W sur une heure pour un professionnel, ordres de grandeur cohérents avec le tableau des puissances plus haut. En Europe, l'assistance électrique d'un vélo est bridée à 25 km/h et à 250 W de puissance nominale ; le moteur cité ici est donné pour 200 W. La fourchette de 20 à 200 kW pour une voiture couvre de la petite citadine à la sportive, en puissance maximale et non en usage courant : il faut moins de 20 kW pour rouler à 90 km/h sur le plat.

Puissance du cheval de trait : le cheval-vapeur a été calibré par James Watt à 736 W, valeur plutôt généreuse ; un cheval de trait réel soutient de l'ordre de 500 à 750 W sur une journée de travail et dépasse largement ces valeurs sur un à-coup de traction. Le rapport de 12 entre un cheval et un homme découle des puissances soutenables retenues ici (736 W contre 60 W). La part des terres arables consacrée aux animaux de trait, de l'ordre du quart, est un ordre de grandeur documenté pour les États-Unis et l'Europe de l'Ouest au début du XXᵉ siècle, avant la motorisation ; elle variait fortement d'une région à l'autre.

Esclaves énergétiques : 60 W de travail mécanique tenus 8 heures par jour, 220 jours par an, soit 106 kWh arrondis à 100 kWh. La notion, le terme et l'ordre de grandeur sont ceux de l'ingénieur Jean-Marc Jancovici, qui les a popularisés dans ses cours et ses conférences ; les valeurs publiées varient du simple au double selon qu'on retienne l'énergie finale ou primaire et selon la puissance humaine soutenable choisie, ce qui est normal pour un ordre de grandeur dont l'intérêt est pédagogique avant d'être comptable. Les consommations par habitant sont calculées à partir des 451 TWh d'électricité et des 1 550 TWh d'énergie finale ci-dessus, pour 68 millions d'habitants.